Dosage et lâcher-prise

Bonjour 🙂

Désolée pour ce long silence, les obligations professionnelles et remous personnels ne m’ont pas laissé le loisir d’écrire ce post que j’avais en tête depuis un moment. Je n’ai pas vraiment plus le temps, mais je vais le prendre quand même 😉

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un trait de caractère que je retrouve chez beaucoup d’autres INFJ, celui que j’appelle « la dignité outragée ». Cela ne s’applique sans doute pas qu’à nous, mais me paraît assez typique de notre fonctionnement. L’idée est la suivante : au quotidien, nous sommes plutôt faciles à vivre et accommodants, puisque nous privilégions l’harmonie dans nos relations. Nous aimons aider les autres, donc lorsqu’ils nous racontent leurs problèmes, nous les écoutons et essayons de leur apporter des solutions (souvent bien plus pertinentes que lorsque nous nous penchons sur nos propres problèmes). Bref, nous donnons, donnons, donnons. Et nous aimons ça, c’est vrai. Mais plus ou moins consciemment, nous faisons aussi les comptes, dans notre petite balance intérieure, parce que même si nous aimons ça, cela nous fatigue aussi. Nous sommes vidés après avoir écouté quelqu’un et absorbé sa peine et sa douleur. Et puis après tout, nous sommes des « J », ce qui indique que nous privilégions un fonctionnement basé sur « Judging », « juger ».

Et nos relations fonctionnent ainsi, durant un temps plus ou moins long, tant que nous ne pensons pas à notre petite balance. Lorsqu’une relation fonctionne bien, cette petite balance ne nous vient pas à l’esprit : nous prenons la peine de l’autre, mais notre ami(e) nous offre son soutien, son affection, son sourire et son oreille bienveillante. Tout va bien.

Seulement, il arrive parfois un moment où tout ne va plus bien. Pour des raisons diverses, nous avons perdu notre équilibre, nous avons besoin d’un soutien, d’un contact, d’une parole rassurante. Ou nous en avons simplement envie parce que ça va « à peu près », mais il est quand même un peu dur de rester optimiste en ce moment. Alors nous repensons à cette personne qui nous a souvent assuré que nous pourrions compter sur elle. Nous espérons qu’elle nous recontacte par magie pour ne pas avoir réclamer, ce que nous détestons. Cela n’arrive pas. Nous avons quand même grandi un peu, alors nous faisons cet effort, d’aller demander de l’aide, au risque – démesurément plus redoutable puisque nous sommes déjà en souffrance – d’être rejetés.

Mais la personne ne comprends pas. Elle n’écoute pas. Elle a tellement l’habitude de pouvoir nous raconter ses problèmes qu’elle s’y lance, sans nous laisser le temps d’exposer les nôtres. Et nous pensons : « comment peut-elle ne pas comprendre ? comment peut-elle être aussi égoïste ? comment peut-elle croire que nous sommes miraculeusement épargné de tout problème ? »

Et la dignité outragée prend place dans tout notre mental. Nous sommes offensés, déçus, nous avions pourtant tant donné, quand trouverons-nous enfin quelqu’un digne de ce merveilleux cadeau, quelqu’un qui sache se faire aussi disponible pour nous que nous l’avons été pour lui/elle ? La colère monte et le doorslam se prépare… l’accumulation des déceptions de ce type, année après année, participe à sa puissance, à son caractère définitif, à notre dégoût croissant pour l’humanité, notre désintérêt pour son devenir alors même que nous l’aimons fondamentalement, à notre énervement face à nous-mêmes qui ne cessons de retomber dans le même écueil.

Nous en venons à détester précisément cette qualité de souci de l’autre qui est notre essence, autant dire que nous en venons à nous auto-détester, à travers cette personne qui nous confronte à notre impuissance. Nous avons tant donné et cela n’a servi à rien. Nous avons cherché à améliorer la qualité de ce que nous donnions (temps, conseil…) et cela n’a servi à rien. Nous n’avons servi à rien. Nous sommes seuls, entourés d’égoïstes.

Le pic de colère se produit, accompagné ou non d’un doorslam de la personne concernée, qui n’y comprend rien – ce qui nous énerve encore plus, c’est pourtant tellement évident 😉 – , en tout cas accompagné d’une bonne crise de larmes, d’une période de sport intensif ou de binge watching et de nourriture aussi grasse et sucrée que possible, de shopping…
Et puis nous nous calmons. Nous ne voyons pas que nous avons donné le bâton pour nous faire battre, et le cycle recommence.

J’ai fait ça pendant des années. C’est encore ma tendance par défaut, même si je travaille dessus. Seulement voilà, il y a cette citation d’Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »

Alors, certes, le monde est mal foutu, les gens aussi, mais bon, nous les premiers puisque nous avons cette folie de croire qu’en continuant à agir de cette manière, un miracle va se produire et nous allons finalement trouver une personne « digne de nous » (et dieu sait qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette simple notion, en terme d’égo… le discours sur la rareté et le caractère unique des INFJ « special snowflake » ne nous rend certainement pas toujours service).

Il n’y a pas trente-six manières de sortir du cycle. Il n’y en a qu’une – et elle ne plaira pas à tout le monde – c’est de reconnaître que, quelque soit la puissance que nous attribuons à notre volonté, à notre mental, son impact sur le monde est limité. Nous n’avons pas le pouvoir de transformer les gens. Nous pouvons les accompagner, les aider un peu, mais l’essentiel du travail, ils doivent le faire eux-mêmes, si et quand ils le souhaitent.

L’un de nos problèmes est certainement le fait de voir leur potentiel, et d’agir en fonction. Mais quelqu’un peut avoir des qualités extraordinaires et un très grand potentiel, sans être en état de nous donner au quotidien ce dont nous avons besoin. Il est essentiel pour nous de nous souvenir de regarder la « surface » d’une personne, sa façon d’agir et non seulement les raisons pour lesquelles elle agit ainsi, son passé douloureux, etc. Parce que c’est le quotidien que nous partageons et qu’il vaudrait mieux pour nous qu’il soit agréable et respectueux. Parce qu’il/elle ne réalisera peut-être jamais son potentiel et que nous risquons alors de lui en vouloir. Parce que nous privilégions l’intuition introvertie (Ni), mais la réalité du monde advient dans la sensation extravertie (Se)…

En revanche, nous pouvons agir sur nous-mêmes. Nous pouvons reconnaître que si notre façon de faire ne fonctionne pas – comme cela nous a été prouvé de façon répété – c’est peut-être, peut-être, que ce n’est pas la bonne.

La question n’est pas de renier l’idéal : bien sûr, dans un monde idéal, notre méthode fonctionnerait. Bien sûr, ce serait plus beau et plus juste. Seulement, nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde fondamentalement imparfait (Se), où la notion d’idéal (Ni) n’existe que parce que son contraire existe.

Alors nous pouvons nous tendre comme des arcs vers cet idéal, au risque de nous briser, ou bien nous pouvons reconnaître la réalité et ployer comme le roseau. Ce qui nous nous empêche pas, nous, de pousser vers l’idéal, mais en nous adaptant. En n’attendant pas l’impossible et en laissant à de bonnes surprises la place de survenir.

Fondamentalement, lorsque vous vous raidissez comme la justice, libérez une colère dévastatrice et perdez une personne avec qui vous aviez un quotidien sympathique, est ce que cela vous rend heureux ? A court terme, vous avez posé un ultimatum, vous vous êtes senti dans votre droit, puissant. Mais à long terme ? à long terme, vous avez perdu quelqu’un que vous aimiez bien et ouvert une plaie qui se ré-ouvrira à chaque fois que ce produira un événement similaire. Et cela se reproduira, car la nature humaine est ainsi faite.

Si avoir raison est ce qui est de plus important à vos yeux, je ne sais pas pourquoi vous lisez cet article, vous pouvez arrêter.

Si vous souhaitez vivre en paix et être heureux, alors, je crains qu’il ne faille renoncer à ce sentiment d’avoir raison et d’incarner la justice intraitable…

Comment faire ? En établissant nos limites, d’abord. J’ai souvent mentionné l’article de Mark Manson sur les limites, je ne peux que fortement vous inciter à le lire, il est très juste. L’un des problèmes du comportement que je citais ci-dessus est qu’il rend l’autre responsable de notre bien-être. Cela ne peut pas fonctionner, même avec le meilleur ami du monde, car il a ses propres problèmes, nous ne sommes pas au centre de son univers, c’est tout. Plus tôt nous l’accepterons, plus vite nos relations s’apaiseront.

La crise, lorsqu’elle se produit, n’est que l’émergence d’un problème sous-jacent. Vous avez l’impression que tout va bien parce que les crises sont rares, vous pensez peut-être que lorsque vous expliquerez les raisons de votre colère à votre ami(e), il comprendra et changera et donc qu’il n’y aura plus de problème (et ce sera peut-être le cas, au moins sur le moment) mais tant que les comptes s’accumulent sur la petite balance, vous créez les conditions pour que la crise suivante surgisse.

Établir nos limites repose sur une règle fondamentale, une seule :
Ne donner que ce que nous sommes prêts à donner librement, sans attendre de contrepartie.

Et croyez-moi, c’est loin d’être aussi simple que cela en à l’air. D’abord cela peut nous sembler égoïste. Mais inversons la perspective : vous avez un problème, vous en parlez à un ami qui vous écoute et celui-ci vient vous voir plus tard en réclamant votre aide à un moment où vous ne pouvez absolument pas la lui donner, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. Plus caricaturalement (mais c’est du vécu), un ami fait plein de choses pour vous alors que vous ne lui avez rien demandé. Est-il juste que celui-ci ou celui-là réclame – ou sous-entende –  que vous lui devez votre aide parce que lui-même vous a aidé ? Vous n’avez signé aucun contrat et l’amitié repose sur la bonne volonté de chacun. En poussant le trait, cela ressemble un peu à un pacte avec le diable « je te donne ce que tu veux, mais plus tard, je viendrai réclamer mon dû ». Est-ce vraiment sur une base de ce type que vous voulez construire vos relations ?
Accorderiez-vous vraiment de la valeur à quelqu’un qui vous aimerait non pour ce que vous êtes mais pour ce que vous avez fait pour lui ? Serait-ce vraiment de l’amour ?

Autre problème : comment savoir si je suis prêt à donner librement ? Parfois il est évident que oui, parfois il est évident que non. Mais il y a toutes ces zones de flou, lorsque nous sommes fatigués, mais que c’est quelqu’un de vraiment important pour nous qui demande, mais demain nous avons un programme très chargé et il faut décider là, maintenant, tout de suite. Nous sommes seuls à pouvoir trancher. Personnellement, je ne suis pas encore très au point, mais il me semble que j’ai progressé, et je sais pourquoi : je prends plus soin de moi au quotidien. Je préserve du temps pour moi, pour me « poser », lire, me promener. Je dis régulièrement « non » à des invitations et je me mords parfois encore les doigts de ne pas l’avoir fait 😉 . Et ce temps que je passe avec moi-même me permet de mieux me connaître, d’anticiper mes besoins et de savoir quand je suis disponible pour quelqu’un. Ou quand c’est suffisamment important pour que je m’y force, même si ce n’est pas le moment idéal. Ce n’est pas parfait, c’est un apprentissage au long  cours, mais peu à peu, mes relations s’apaisent et je me sens mieux.

Ce que je suis en train de découvrir, progressivement, c’est un problème de dosage dans mes relations. En ne posant pas de limites au début, en voulant être trop généreuse, je suis trop laxiste… mais lorsque je « redresse la barre », je suis trop dure, pour moi comme pour l’autre. Apprendre à poser des limites, c’est chercher un équilibre en disant dès le départ « je n’accepterai pas tel ou tel comportement/requête de ta part, en revanche, je serai heureuse de faire ça pour toi ». Si cela convient à l’autre, tant mieux, s’il n’est pas d’accord, tant pis. Poser des limites veut aussi dire, quelque soit l’affection qu’on a pour quelqu’un et la conscience de ses difficultés, se retirer d’une relation qui ne les respecte pas. Il me semble que c’est Ally Hamilton qui dit souvent que nous apprenons aux gens comment nous traiter à travers ce que nous acceptons ou refusons de leur part…

 

 

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Nous ne sommes pas seuls…

Vous le savez, de temps en temps, j’aime bien faire un petit « point d’étape » sur la fréquentation du blog. Parce que c’est quand même un sacré signe de reconnaissance et que ça fait plaisir.
Et aussi parce que Facebook me harcèle, en tant qu’admin de la page correspondante, pour que je « booste » mes posts en payant. Et puis quoi encore ? En fait, la fréquentation du blog croît, pour l’instant, lentement mais sûrement…
En fin d’année dernière, au vu des stats, je me disais que ce serait sympa de dépasser les 10 000… objectif atteint !
Vous avez été …. plus de 11 400 à visiter ce blog en 2016 ! 11 400… avoir pu toucher tant de monde, de près ou de loin, ça me donne un peu le vertige. Voire beaucoup. Et ça me fait super plaisir.
Plus important encore, la petite communauté qui est en train de se former ici ou sur la page facebook, nos échanges… ça a une valeur qui n’est pas quantifiable. INFJ, INFJ-friendly ou simple curieux : merci à tous pour vos passages et votre participation !

et à bientôt, j’espère 😉

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Nouveaux départs et autres rites de passage…

Chères lectrices, chers lecteurs,

La tradition voudrait que je vous souhaite une belle et heureuse nouvelle année, pleine de bonheur et de fructueuses lectures, mais je ne vais pas tout à fait le faire. Je viens de l’écrire, d’une certaine manière, et je pense que vous me connaissez assez à présent pour savoir que mes vœux pour vous sont sincères.

Seulement je n’ai pas envie d’être politiquement correcte avec vous, je pense que vous méritez mon honnêteté… or, de fait, plus les années passent et plus ce rituel me semble dénué de sens. Si seulement, si seulement, on pouvait protéger les êtres qu’on aime grâce à ces formules… hélas, j’ai constaté une nouvelle fois que ce n’était pas le cas. Bien sûr, c’est aussi une pensée pour l’autre, un rappel de ce que l’on connaît les enjeux de sa vie actuelle, une forme de bilan-prospective, mais y a-t-il vraiment besoin de ce rituel dans une relation saine ? Je ne sais pas. Pourtant, contradiction interne (Fe ?) oblige, certains de ces petits messages m’ont fait plaisir aujourd’hui… et j’en ai tout de même envoyé.

Vous vous en doutez peut-être à la lecture de ce premier paragraphe, je ne suis pas franchement d’humeur « festive-champagne » alors si c’est votre cas, profitez-en, baignez-y, et attendez donc que l’euphorie soit un peu retombée avant de lire la suite.
Moi, je suis plutôt d’humeur « bilan »…

D’abord, à propos des « fêtes » de fin d’année. A mon propre dépit, cette période que j’ai longtemps adoré à tourné à l’aigre ces dernières années. Il me semble qu’elle cristallise le décalage entre mes attentes idéalistes (merci Ni-Fe) et la réalité (ah, Se…). J’adorais Noël, et je l’aime toujours pour les valeurs que cette période véhicule, l’importance de la famille, des « bons » sentiments, l’espoir… je suis heureuse d’avoir pu en profiter pendant des années sans prendre réellement, vraiment conscience, dans mes tripes, du fait que ce n’était pas le cas de tout le monde, mais hélas, je ne peux plus en dire autant, et les circonstances personnelles font que c’est devenu une journée presque comme les autres, teintée en doux-amer par le fait de savoir que ce devrait être une journée différente, un peu comme celle d’un anniversaire que personne ne vous souhaiterait.

Pour des raisons spécifiques le Nouvel An ne fonctionne guère non plus, puisqu’une partie conséquente des gens que j’aime est éparpillée de par le monde et que la plupart de ceux qui sont sur place ne partagent pas mon envie de réveillon festif (merci Fe…), ce qui me place face à l’alternative : festif (?) avec des inconnus ou non-festif (?) avec des amis. Chaque année, je teste l’un ou l’autre compromis sans en être très satisfaite. Je ne sais pas si c’est l’âge ou juste une période (je l’espère, évidemment), et je fais des efforts pour paver la route vers un prochain Nouvel an plus satisfaisant, mais je suis obligée de faire ce constat pour l’instant… j’aimerais pouvoir changer ma disposition d’esprit pour être pleinement satisfaite d’un Nouvel An cocooning à la maison, mais je n’y suis clairement pas.

La période étant donc pour moi calme et plutôt propice à cela, je me suis lancée dans un certain nombre d’activités de rangement externe et interne. On peut probablement parler d’ « Obsession » sur ce plan, depuis quelques mois, disons depuis que mes perspectives professionnelles se sont à peu près stabilisées et les circonstances amicalo-familiales quelque peu apaisées. Je range pour faire le point sur la personne que je suis devenue et la façon dont je veux vivre, et quand comme moi on a du mal à faire des choix, qu’on a ouvert plusieurs « voies » intéressantes, c’est lent et difficile. Néanmoins, je pense que c’est un bon exercice, notamment pour des personnes qui auraient eu à faire, comme moi, à un changement de carrière. Je ne peux que vous y encourager. Deux lectures m’accompagnent dans cette démarche : pour l’externe, le désormais célèbre « La magie du rangement » de Marie Kondo, pour l’interne, « Yoga’s Healing Power : Looking Inward for Change, Growth, and Peace » d’Ally Hamilton. Les deux ne sont pas des inconnues : j’avais longuement feuilleté le premier ouvrage il y a déjà plusieurs mois et adopté certains de ses points de vue, et j’ai déjà traduit sur ce blog des articles d’Ally Hamilton, que je considère comme un de mes maîtres à penser (et à écrire) pour l’humanité et la simplicité des articles de son blog « Yogis Anonymous » que je lis quasi-quotidiennement.

J’ai l’impression d’énoncer des évidences, mais je ne saurais assez souligner à quel point les deux démarches, externes et internes, se recoupent. Ce qui est d’ailleurs un point de vue tout à fait yogique (pour rappel, le terme « yoga » en sanskrit signifie l’ « union », le « joint », et fait référence entre autres à l’un des aspects du yoga, qui consiste à tempérer le mental grâce aux exercices physiques). Ranger physiquement vous confronte à ce que vous avez accumulé, consciemment ou non, et à ce qui fait votre identité propre. Je ne souscris pas aux aspects les plus radicaux de la méthode de Marie Kondo, en tout cas, je ne me sens pas prête à les mettre en pratique, mais en revanche, son idée de « ne conserver que les objets qui vous mettent en joie » est un trait de génie, à mon avis. Tous n’accrocheront sans doute pas aux concepts semi-animistes qui parsèment l’ouvrage, mais je dois reconnaître qu’ils ne sont pas pour me déplaire. Je me souviens d’avoir été fascinée, lors d’un voyage en Chine, par la délicatesse des mouvements d’une serveuse de restaurant, qui tenait le moindre couvert comme un objet de luxe. J’ai souvent retrouvé cette notion, sous l’une ou l’autre forme, dans le monde asiatique (cérémonie du thé au Japon, par exemple), et bien que j’ai beaucoup de mal à modifier ma propre façon de faire, je suis convaincue que cette forme de respect pour l’objet, même banal, est une clé pour transformer son propre rapport à son environnement (une nouvelle fois, hello Se…).
Quant à l’ouvrage d’Ally Hamilton, qui n’existe qu’en anglais, c’est un petit guide pour faire le point, chapitre par chapitre, sur votre rapport à vous-même et aux autres. Chaque chapitre commence par un exemple personnel, dans la plus pure tradition de la littérature de développement personnel anglo-saxonne, puis une analyse plus générale, suivi d’une proposition de réflexion personnelle sur les sujets liés (« comment expérimentez-vous telle, telle ou telle situation ? Pourquoi ? », etc…) et d’exercices de yoga ou de méditation. Cela peut sembler très artificiel, mais c’est bien fait et ça fonctionne (en tout cas, la partie « journal » m’a permis de mettre le doigt sur des choses que je n’avais pas nécessairement formulées, malgré toutes mes tentatives d’introspection autonomes, ici et ailleurs). Je ne fais pas les exercices de yoga proprement dit qui me semblent quelque peu superflus puisque je suis des cours hebdomadaires donc je connais les sensations recherchées, mais j’ai peut-être tort…

Voilà donc ce qui va guider, pour moi, l’année qui commence : continuer à « ranger » mon univers et créer de l’espace pour de nouvelles expériences, rechercher celles-ci, rechercher tout à la fois la légèreté et la profondeur, et peut-être une nouvelle forme de joie…

https://yogisanonymous.com/yogas-healing-power
https://www.pocket.fr/tous-nos-livres/evolution/developpement-personnel/la_magie_du_rangement-9782266258968/

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A contre-courant

Le temps, la douleur et la mort. Imbriqués les uns dans les autres, indissociables de toute existence humaine, sources paradoxales de sens et d’incompréhension. Autant de questions, autant de réponses, pour chacun.

Certains choisissent les plaisirs, les voyages, l’éblouissement, aussi constants que leurs moyens le leur permettent. « Vivre ». Vivre autre chose que cette vie médiocre, le quotidien. Vouloir toujours plus, plus de biens, plus beaux, plus stimulants, plus, plus, plus… et oublier, oublier les douleurs, les difficultés, les réalités, oublier le monde dans un tourbillon de plaisirs, de non-déplaisirs, d’étourdissement.

On nous la souffle à l’oreille, cette solution. Acheter. Accumuler. Moderniser. Et nous serons plus heureux ! Heureux ? Dans cette spirale infernale, cette fuite en avant, ce samsara ? Cette addiction ? Quelques brefs instants, toujours un peu plus brefs, de satisfaction, avant le manque suivant. Une danse endiablée dans des chaussons rouges, jusqu’à l’épuisement.

Une solution, vraiment ?

Ne pas s’arrêter, ne pas penser, ne pas attendre. S’aveugler, de peur de ce que l’on pourrait voir.

De peur de l’abîme. Et danser, toujours, danser au bord de l’abîme, au risque de perdre l’équilibre.

Une solution, vraiment ?

Ou ralentir. Accepter. Se poser. Attendre. Expérimenter le temps qui passe, les minutes entre les pages qui se tournent, les feuilles qui tombent, la lumière qui se transforme.

Ralentir.

En dépit de ceux qui courent, courent, courent. Imposer l’instant. Choisir la solitude. Laisser le cœur s’alourdir, les souvenirs affluer. Pleurer. Laisser les émotions aller, venir. Voir surgir les démons, la Peur, l’Obligation, le Conformisme et leur résister. Rester sereine au milieu des vents qui se déchaînent, des émotions qui assaillent. Revendiquer cet espace de liberté, ce petit morceau de terrain :

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la paix.

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PerSpective

A deux reprises ces derniers mois, j’ai passé quelques jours dans le « monde des S ». Comprenons-nous bien : certes, au quotidien, notre vie est gouvernée par nos sens et nous vivons, matériellement parlant, dans un monde de sensations. Néanmoins, les personnes à dominantes intuitives dont je fais partie tendent à rechercher un environnement plus conforme à leurs préférences, que ce soit par le biais de la compagnie de personnes intuitives comme nous le sommes et/ou d’activités et/ou de lieux qui nous correspondent. Ceux-ci sont en général caractérisés par une stimulation sensorielle sinon basse, du moins stable et/ou « unique » (par opposition à une stimulation multi-sensorielle forte, type, euh… boite de nuit, où s’associent une musique très forte, les jeux de lumière, la proximité d’autres personnes, l’effet de l’alcool…). Certes, c’est peut-être exacerbé dans mon cas par le fait que je me reconnaisse dans un profil hypersensible et que je sois passée par des périodes un peu difficiles qui me poussent à privilégier ma zone de confort, mais quelque chose me dit que je ne suis probablement pas seule.
Si votre scolarité a ressemblé à la mienne, c’était un long tunnel d’incompréhension et de solitude. Le monde des S. Un univers cru, bruyant, souvent violent. Un univers dans lequel tout ce qui me paraissait important était dénigré, tout ce qui me paraissait superflu encensé. Ou personne ne s’intéressait à moi. Je n’avais qu’une hâte : en sortir.

Et pourtant, comme je l’ai écrit au début de cet article, je commence à y refaire délibérément des incursions. Ça me prend de temps en temps, d’abord parce que je me dis que je ne peux pas complètement ignorer la manière dont vit plus de la moitié de la population (les chiffres varient, mais les iNtuitifs sont toujours en infériorité numérique), ensuite peut-être à cause de ma fonction inférieure, la Sensation Extravertie, qui se développe tout doucement. Et puis dernièrement, eh bien …  il faut bien avouer que dans le monde des iNtuitifs  Introvertis, les périodes difficiles, elles sont particulièrement sombres. C’est un puit sans fond de questionnements existentiels… et parfois, je n’en peux plus, je veux un break, un peu de légèreté, rejeter le poids du monde que je sens sur mes épaules… et s’il y a une chose que les adeptes de la Sensation Extravertie savent faire, c’est changer les idées.

Je suis donc partie avec des amis dont la fonction dominante est la Sensation et j’ai réalisé quelque chose. Quelque chose de fort. Un changement de paradigme, même.
J’ai passé de bons moments (non, ce n’est pas ça, le changement de paradigme, hein ! j’ai déjà eu de bons moments avec des amis S, quand même…), je suis rentrée chez moi et j’ai commencé à réfléchir à ce que j’avais vécu. D’abord, je n’avais pas eu le temps de réfléchir pendant. Nous étions passés d’une activité à l’autre, d’une discussion à la suivante sans que je trouve un moment pour réfléchir à ce que je faisais ou ressentais. J’avais juste une impression d’ensemble positive, donc je me suis laissée porter.

J’ai réalisé après coup qu’il n’y avait eu aucun moment de ce que j’appelle « partage », c’est à dire ces discussions à cœur ouvert le soir avant de se coucher, le récit des derniers événements marquants de nos vies, etc. Ces partages sur lesquels je fonde mes amitiés les plus précieuses. Et pourtant, j’avais quand même passé un bon moment. Et c’est là qu’il y a eu le changement de paradigme : je venais d’expérimenter le partage « à la façon S(ensation) ».
J’ai soudain compris pourquoi j’avais eu une période difficile avec mon amie ESFJ, qui voulait qu’on « fasse des activités ensemble » alors que je n’avais qu’une envie « parler des choses importantes ». L’amitié pour les personnes gouvernées par la Sensation ne prend pas la même forme que pour celles qui le sont par l’iNtuition. Ce qui m’a conduit à ré-évaluer toute mon enfance/adolescence : je ne me sentais pas comprise par ceux qui m’entouraient parce qu’ils ne me posaient pas les questions importantes à mes yeux… mais elles ne l’étaient peut-être pas aux leurs…

Là où les iNtuitifs partagent leurs expériences, même lorsqu’ils ne les ont pas vécues ensemble, à travers l’analyse de ce qu’ils ont vécu et ressenti, les personnes qui privilégient la Sensation veulent partager des moments ensemble, même si ce ne sont pas les plus importants. Et cette succession de moments leur permet de « connaître » l’autre, à travers ses réactions, sans qu’il soit forcément important de connaître ses motivations.
Être ensemble.
Juste être.

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« Le goût des merveilles » d’Eric Besnard

Pendant longtemps, je n’ai pas aimé les films français contemporains. Je les classais en deux catégories : les mauvaises imitations de films américains et les histoires de coucheries. Je fais ça parfois, je décide à l’emporte-pièce. Ça doit être mon côté « J », qui me « joue » des tours… J’avais tort.
Il arrive qu’un film français soit sensible et délicat, à sa manière à lui. C’est le cas de ce « goût des merveilles ». Un film plein de lumière et de nature, de silences, de musiques, d’échanges qui n’ont pas besoin d’être explicités pour être compris.
Je ne sais pas si Elaine Aron (que je n’ai pas encore lue, mais dont je rapporte certaines idées ici ) a raison d’estimer que 20% de la population est hypersensible, mais je sais que tous ceux qui se reconnaissent dans la description des hypersensibles, dont je fais partie, devraient se retrouver dans ce film. Une attention aux détails, aux couleurs, aux textures, un certain sens de l’instant présent…
C’est un film-escapade, apaisant pour l’âme, rafraîchissant comme une limonade à l’ombre des arbres une chaude journée d’été…
Un film « vrai ».

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L’INFJ et ses relations…

Si on me demandait ce que je préfère chez moi, je répondrai probablement que c’est mon intérêt bienveillant pour les personnes qui m’entourent. J’aime découvrir de nouvelles personnes ou approfondir ma connaissance de celles que je connais déjà. Je perçois chacune d’entre elles comme un petit univers, avec ses qualités et défauts propres, unique, différent. J’aime découvrir ce qui se cache derrière la surface, pourquoi telle personne est agressive, telle autre sur la défensive… essayer de trouver la clé pour la comprendre, pour l’aider, la rassurer.
La fonction secondaire des INFJ, Fe, le Sentiment extraverti, m’aide à trouver la juste manière d’exprimer cet intérêt, pendant que mon Intuition introvertie repère les non-dits, que ma Pensée introvertie ordonne les informations tout en traquant d’éventuelles incohérences et que ma Sensation extravertie enregistre le langage corporel. Nous autres INFJ sommes probablement l’un des types les plus doués pour nous mettre au diapason des autres, pour peu que nous le voulions (ce qui ne veut en aucun cas dire que ça marche à tous les coups. Il y a des personnes qui restent un mystère pour moi…). Je le sais d’autant mieux que j’ai parfois la surprise de le vivre « de l’autre côté », lorsqu’un ou une INFJ de ma connaissance décide de se pencher sur mon cas.
Cette qualité ne va pas sans inconvénients, cependant. Tout d’abord, ce n’est pas parce qu’on s’intéresse à quelqu’un qu’on a envie de l’intégrer à son cercle d’intimes. Il m’est arrivé à plusieurs reprises de « voir » quelqu’un (j’entends par là, voir au delà des apparences, avoir de la sympathie pour cette personne, sentir ce dont elle pourrait avoir besoin, ce que je pourrais peut-être lui apporter…) sans pour autant souhaiter un rapprochement avec elle. Dieu sait que j’ai pu me flageller pour ça – et ça m’arrive encore… – , tout en ayant conscience du fait qu’il y a quelque chose de complètement narcissique dans le fait de penser que ne pas accorder mon amitié ou mon amour relève de la haute trahison… cependant, être INFJ n’empêche pas d’avoir ses besoins propres, au contraire : celui de pouvoir s’isoler, bien sûr, mais aussi celui de pouvoir se confier et évoluer, grandir, à travers nos proches. Quelle que soit notre sympathie pour quelqu’un et notre souhait de l’aider, cela ne garantit pas que cette personne soit en mesure de faire quelque chose pour nous (Cela peut sembler froid et rationnel, dit comme cela, et ça l’est, sans doute, mais cela se comprend si l’on garde à l’esprit les deux besoins primordiaux, à mes yeux, des INFJ : être aimé/compris et progresser. Quelqu’un qui ne peut répondre à aucun de ces deux besoins n’offre qu’assez peu d’intérêt à nos yeux) Il faut alors marcher sur la corde raide qui consiste à soulager autant que possible sans donner de faux-espoirs à l’autre. C’est délicat. On donne trop un jour, pas assez l’autre, et la mesure doit être ajustée pour chacun. Pas facile.
L’autre problème, pour moi, ce sont les changements de situation. Ils ne concernent évidemment pas les « vrais » intimes, ceux dont on sait que quoiqu’il arrive, ils continueront à faire partie de notre vie, malgré la distance et le temps qui passe. Ceux que l’on retrouve après cinq ans sans nouvelles comme si on les avait quitté la veille. Ceux qui vous connaissent suffisamment pour vous accepter exactement comme vous êtes, même si ça veut dire un peu moins là. Mais tous les autres. Ceux qu’on aime, mais qui font partie d’un cercle plus éloigné. Ceux avec qui on a partagé avec plaisir un quotidien, une activité, un travail, des expériences…  avant qu’un changement n’intervienne, un déménagement, des contraintes, parfois juste un nouvel état d’esprit. Je ne suis pas plus douée pour garder le contact avec ceux-là que pour m’en séparer. Je ne les aime pas moins, c’est tout le problème, je pense à eux avec tendresse, mais ils ne font plus partie de ma vie présente, il me semble que leurs tentatives de me garder près d’eux sont forcées, qu’ils m’enserrent dans les fils de leur affection pour tenter vainement d’arrêter le temps. Ils empiètent sur mon présent, mon besoin de solitude. Ils me rappellent parfois des évènements que je voudrais oublier. Ce n’est pas leur faute bien sûr, je ne peux pas légitimement le leur reprocher… et je m’en veux dans ces moments là, je me sens cruelle et froide, je leur en veux aussi parfois de me faire culpabiliser alors que je devrais assumer mes décisions et partir sans un regard en arrière, si c’est vraiment ce que je veux. Mais je veux l’impossible ! Je veux les garder en ajoutant de nouvelles personnes dans ce cercle que je ne peux pourtant pas agrandir. Je veux figer le temps pour rester avec chacun d’eux toujours, tout en continuant à évoluer. Je pleure de devoir les laisser derrière moi et pourtant c’est la seule chose que je puisse faire, car la vie est ainsi faite, elle n’attend pas.

C’est l’automne. Les feuilles tombent, les arbres n’essaient pas de les retenir…

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