Hier soir Notre-Dame a brûlé…

Des collègues m’ont dit qu’à partir du moment où il n’y avait pas eu de perte humaine, ce n’était pas si grave… je ne peux pas dire le contraire, en un sens, c’est évident, mais pour moi c’est grave « autrement », pas moins. Je fais partie de ceux qui ont pleuré.

Il y a le « bâtiment », bien sûr, cette silhouette familière. Elle est là, massive, centrale. Au cœur de tout : la ville, le fleuve, les routes, les gens. Il y a les jours où on y jette au mieux un coup d’œil distrait, et puis ceux où on prend le temps de s’arrêter pour voir le double arc-en-ciel qui la touche, l’effet des arbres en fleurs contre ses murs de pierre. Où on s’installe dans le petit parc pour lire ou discuter.

Penser qu’une structure qui a traversé tant de siècles, qui a été la somme de tant d’efforts, acquérant par là-même une dimension « sacrée » intrinsèque, indépendamment de sa destination religieuse, est partie en fumée en quelques heures, ça continue à me rendre profondément triste.

Et puis, il y a le symbole.

Comme l’a souligné la psychiatre Gaëlle Abgrall, il y a eu une sorte de « personnification » du monument1. Peut-être parce que les êtres humains sont ce qu’ils sont, n’en déplaisent à la rationalité scientifique, et que beaucoup ont besoin d’un petit quelque chose en plus.

Notre-Dame aujourd’hui a sans doute un peu remplacé Sainte Geneviève, comme figure protectrice, divinité tutélaire. Du moins, elle occupe ce rôle à l’échelle du pays plus encore que de la ville. Qu’on soit croyant ou non, elle est « nôtre », et dédiée à la mère. On y entre comme dans une matrice, un lieu obscur, calme et protégé. Le flot, le flux des visiteurs, entrées, sorties, soigneusement régulés, en fait un cœur battant de la ville.

A mes yeux, elle n’était pas tout à fait comme les autres monuments, elle a toujours eu un statut spécial. Et je sais que je ne suis pas la seule à le penser. Je le sais parce qu’hier soir, j’échangeais des messages avec des amis catastrophés partout dans le monde. Parce que ce matin, dans le bus, en passant sur le pont, j’en ai vu beaucoup tourner la tête pour vérifier qu’elle était toujours là. Parce que tout à l’heure, je n’étais pas la seule à avoir éprouvé le besoin de m’y rendre, comme je serais allée au chevet d’un membre de la famille, encore toute pleine de la crainte de l’avoir perdue pour de bon.

Je ne me suis jamais sentie très parisienne, jamais pleinement, ne serait-ce qu’en raison de mon aspiration ininterrompue à vivre ailleurs. Mais dans ses moments de communion dans la souffrance, au soir des attentats comme à celui de cet incendie, la ville me rappelle que oui, « au passage », elle m’a un peu faite sienne.

 

Et comme beaucoup d’autres expériences m’ont faite un peu citoyenne du monde, je pense aux Afghans de la vallée de Bamiyan, à la tristesse qu’ils exprimaient d’avoir perdu leurs grands Bouddhas tutélaires, et ce soir, sans doute, je les comprends un petit peu mieux.

 

 

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Douceurs de Noël passées au prisme de Ni…

Mon livre préféré, adolescente, c’était « Les quatre filles du Dr March ». Je l’ai lu je ne sais combien de fois. J’aimais presque également les quatre sœurs, je me retrouvais dans un peu de chacune d’elle, sauf Amy petite, qui était vraiment trop horripilante ! Je voulais être une bonne maîtresse de maison, comme Meg, douce et patiente comme Beth, j’étais sensible aux arts comme Amy… quant à Jo, je n’avais pas vraiment besoin de chercher quelque chose à imiter chez elle, j’étais moi aussi toujours fourrée dans un livre !

J’ai attendu des années pour trouver la suite, convaincue que Jo allait épouser Laurie. J’ai fini par trouver la suite, et j’ai mis du temps à en saisir la justesse.

J’ai trouvé d’autres suites. Et j’ai continué à lire Louisa May Alcott, désormais dans le texte. Et j’y ai presque toujours retrouvé les mêmes ingrédients, qui me font sentir « comme à la maison », une maison rêvée, mais avec de véritables morceaux de vie dedans ! C’est délicieusement suranné, pour le dire gentiment, mais j’adore les valeurs que j’y trouve. Et le regain d’énergie pour essayer de « faire les choses bien » et « être la meilleure personne possible ». Alors, à Noël, l’un de mes petits plaisirs, c’est de lire quelques uns de ses contes ou de ses nouvelles. Il y est question d’humilité, de travail, de petits sacrifices qui n’ont l’air de rien mais coûtent cher à ceux qui les font. Et d’amour. Pas de romance façon coup de foudre et crises de jalousie, mais de respect et de tendresse qui ne font que croître avec le temps qui passe.

Pas vraiment les valeurs d’aujourd’hui… mais elles ne l’étaient déjà pas à l’époque, semble-t-il ! Mes héroïnes sont décriées comme « naïves » par leurs petites camarades avides de soirées dansantes et autres prétendants, mais leurs mères, pères et grands-parents sont toujours là pour leur rappeler tendrement l’importance des petits gestes et des efforts quotidiens.

C’est démodé, sans doute. Dépassé. Ça ne va pas vite, ça n’est pas violent et il n’est définitivement pas possible de faire plus chaste (Ah, le gant disparu de Meg…)  ! Plus personne – à part l’INFJ de service – ne peut s’intéresser à ce genre de lecture, bien sûr. On pourra m’objecter que « Les quatre filles.. » ne cesse d’être adapté (un huitième film en préparation pour l’année à venir) et que Simone de Beauvoir – excusez du peu ! je l’ai découvert avec plaisir récemment – s’en réclamait (Je n’en ai pas parlé ici, mais les héroïnes d’Alcott sont définitivement féministes, que ce soit dans leurs éventuels mariages ou dans leurs vocations professionnelles). Je suis toujours un peu étonnée quand je réalise à quel point mes « auteurs de cœur » sont lus et appréciés. Il me semble toujours que mes goûts sont « trop bizarres » et trop confidentiels pour que ce soit possible. Et pourtant… de quoi donner un petit peu d’espoir en l’humanité ? Rassurer l’INFJ solitaire qui se croit peut-être plus incompris qu’il ne l’est réellement ? Qui n’a pas de blog et / ou de commentaires de ses lecteurs pour lui rappeler qu’il n’est pas seul 😉 ?

Quoiqu’il en soit… le succès des « Quatre filles… » tient sans doute à son ton enlevé et à ses personnages attachants, mais ce qui me fascine chez son auteur c’est le message sous-jacent, car le divertissement n’y est jamais gratuit. J’ai étudié « La désobéissance civile » au lycée, sans imaginer une seule seconde qu’il pouvait y avoir un quelconque lien entre ce livre et mon préféré, sans faire le lien avec le Thoreau de « Walden », auquel Alcott fait si souvent référence dans ses œuvres. J’ai découvert tardivement qu’elle puisait ses considérations morales dans un courant dont il était l’un des représentants, le transcendantalisme. Courant qui allait lui-même s’abreuver aux sources orientales que je consultais par ailleurs. Je lis aujourd’hui dans l’article Wikipédia sur ce sujet qu’il inspire un philosophe américain, Stanley Cavell, auquel je m’intéresse pour ses analyses de comédies de remariage hollywoodiennes…

Avant de découvrir le MBTI, je ne me serais pas vraiment expliqué cette convergence. Maintenant, je sais que c’est typique de l’intuition introvertie, Ni, qui suit soigneusement ses propres lignes directrices, tisse lentement une toile dont le motif m’échappe encore, m’échappera peut-être toujours, car il pourrait répondre à l’éternelle question : « Comment vivre ? »

Et vous, vous commencez à voir où votre Ni vous emmène ?

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My Lady

Je vais assez rarement au cinéma. J’y vais quand on cherche une sortie à faire avec des amis, à un moment où je suis inhabituellement disponible, ou si un film m’intéresse vraiment. Je projette souvent d’y aller, mais finalement, je préfère aller au parc ou me poser chez moi.
Il y a quelques exceptions. C’est souvent l’affiche qui m’interpelle. Une belle femme digne sur une affiche sobre. Tiens. Élégante. C’est Emma Thompson, je vais aller regarder la bande-annonce. J’aime beaucoup Emma Thompson. J’ai beaucoup de respect pour cette actrice, pour l’intelligence et la retenue de son jeu, pour sa classe naturelle (?), pour sa capacité à laisser transparaître une émotion d’un geste à peine ébauché, pour sa manière de montrer la souffrance de son personnage à travers un regard, un tressaillement du visage. Elle me rappelle Katharine Hepburn, une de mes actrices préférée, en cela.

La bande annonce confirme : une femme forte et belle, seule dans une position de pouvoir, un dilemme éthique, des considérations sur la place des croyances dans le monde séculier. J’y suis allée.

Si vous avez l’intention de le voir et que vous n’aimez pas les spoilers, arrêtez-vous là…
Mon intuition et ma réflexion introverties (Ni et Ti pour les intimes) tournent à plein régime pour essayer de démêler ce que j’ai vu, alors il y en aura sans aucun doute (edit : j’ai essayé de rester allusive, mais il y en a !).

……

Comme je le disais, c’est le genre de film qui appelle l’intuition introvertie (Ni). Peu de choses y sont explicitées, on voit les personnages interagir, se mettre en présence les uns des autres, souvent échouer à se « rencontrer » vraiment.
A chacun d’interpréter les non-dits selon ses propres projections.

Plus que le couple – même si Stanley Tucci m’a beaucoup touchée en mari cherchant sans succès à communiquer avec sa femme – c’est elle que l’on voit d’emblée. Sans cesse sollicitée par le monde et le portant donc sur ses épaules, murée dans son silence dès qu’il s’agit d’exprimer ses sentiments. Dès qu’elle pourrait être amenée à sortir de sa position de juge. Même en privé, elle n’échange pas, elle rend un verdict. Confrontée à une situation qu’elle ne maîtrise pas sur le plan personnel, elle renforce encore cette tendance sur le plan professionnel.
Mais il y a la musique. Toutes ses émotions passent par la musique, ce qui la rend attachante, et éclaire le rôle du piano, offert par son mari, au sein du couple. Il y a de la leçon de piano dans tout cela…

Et puis il y a le cas de cet adolescent, ce presque adulte, qui refuse la transfusion sanguine qui le sauverait pour raisons religieuses. Ceux qui comme moi ne sont pas familiers avec les pratiques du droit anglais ne peuvent que le pressentir à travers quelques échos, jusqu’à un tournant du film qui le confirme : elle sort du cadre pour lui. Décide d’aller lui parler directement.
Pourquoi ?
Parce que cette pulsion de mort plus ou moins consciente, elle se débat elle-même avec ? Parce qu’elle a besoin de retrouver du sens alors qu’une partie de sa vie s’effondre ? Il y a une rencontre, là, dans cet hôpital. Au seuil de la mort, paradoxalement, une rencontre avec la jeunesse, l’exaltation, la fougue. Une rencontre autour d’une guitare et d’un poème. Une très belle rencontre.
Et aussitôt elle fuit. Elle se referme. Redevient professionnelle en un instant.

Dans tous les sens du terme, pourtant, elle lui « donne » la vie, et non seulement matériellement, mais elle ne va pas jusqu’au bout. Elle bloque cette relation au niveau d’ébauche. Bien sûr, à certains égards, c’est la seule chose à faire, mais… dans quelle mesure n’est-ce-pas plutôt une fuite ? Dans quelle mesure ne s’emmure-t-elle pas elle-même loin de la vie que ce jeune homme mourant incarne finalement plus qu’elle ?

C’est quand il est trop tard que l’armure se fend – presque toujours en solitaire – et l’on ne saurait qu’admirer le personnage du mari jusque dans la dernière scène. Lui, au moins, sait faire preuve d’amour jusqu’au bout.
Et le jeune exalté, le jeune malade, dans tout ça ? Devenu adulte, face à des questions auxquelles personne ne répond (ne peut répondre ?), bien qu’il ait dit avoir changé, réfléchi, compris la valeur de la vie et de l’art… bien que l’obstacle religieux ne soit plus là, il renonce « My Lady. My choice ». Mais pourquoi ? Fascination morbide ? Intransigeance de la jeunesse – encore ? Refus de vivre avec la perspective de cette ébauche sans achèvement ?  Refus de vivre sans vie, sans accomplissement, sans atteindre à un degré supérieur d’art et de poésie auquel elle seule – pense-t-il – peut l’amener ?

Je me demande si on ne peut pas faire une lecture presque psychanalytique de ce film, avec dans ces deux personnages deux pulsions de l’âme qui s’opposent sans parvenir à se résoudre dans une forme d’écoute respective. Je ne sais plus si c’est Jung ou Freud qui disait à une patiente que l’un de ses rêves l’incitait à une pratique artistique (la peinture, je crois), sans laquelle ses tensions psychologiques n’auraient pas d’autre exutoire que la névrose…

Et pour My Lady, finalement, quelle vie ? En offrant une chance à Adam (nom symbolique ?), elle s’offrait sans le savoir une chance à elle-même, la possibilité de moment vrais dans le tourbillon que constitue sa vie. La possibilité de retrouver du sens, peut-être. Faudra-t-il qu’elle en fasse le deuil, alors ? ou, moderne Créon, continuera-t-elle à vivre malgré tout, elle, comme elle peut ?

« Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s’en mettre jusqu’aux coudes »
« Je te comprends, j’aurais fait comme toi à vingt ans. C’est pour ça que je buvais tes paroles« 

Créon, dans Antigone (Jean Anouilh)

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19578796&cfilm=249821.html

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Reality check

Chères lectrices, chers lecteurs,

Durant l’année qui s’est écoulée, je n’ai pas beaucoup posté sur ce blog. Je ne sais plus très bien si j’ai explicité pourquoi ou si ça s’est perdu dans mon « manque de temps » habituel, mais je voudrais revenir un petit peu sur ce qui s’est passé.

Cette année, j’étais encore moins disponible que les années précédentes, non plus à cause du mix traditionnel d’activités diverses et de fort besoin de solitude qui me caractérise, mais parce que je préparais des concours. J’y ai consacré beaucoup de temps (un peu plus de 500 heures, j’ai compté dans mon petit bujo), en plus d’un travail à temps plein. J’y ai sacrifié mes congés, mes cours de danse (j’ai quand même gardé le yoga parce qu’il y a un moment où c’est une question de survie…), l’éventualité de rencontrer quelqu’un…
J’ai été admissible…
Et c’est tout.

Dix mois d’efforts, de lutte contre moi-même, de frustration, et je n’ai pas été admise.

Ça veut dire qu’il va de nouveau falloir que je cherche du boulot. Ça veut dire que je reste contractuelle précaire. Ça veut dire que je ne peux toujours pas consacrer mon temps « libre » aux sujets qui m’intéressent. Ça repousse d’autant le fait de m’établir de façon stable dans une ville qui me plaise. Ça complexifie le fait de m’établir avec quelqu’un. D’avoir un enfant, un jour, peut-être.
Et en plus, il va encore falloir que je me farcisse ses fichues révisions !

Bref, je serai vulgaire, pour une fois : ça fout sacrément la merde dans mes beaux plans soigneusement élaborés !

Si je vous raconte ça, ce n’est pas pour me faire plaindre (j’ai pleuré un grand coup, été déprimée pendant deux jours, dégoûtée pendant un peu plus longtemps et ensuite j’ai profité de mes super et très méritées vacances en m’offrant le voyage en Inde dont je rêvais depuis des années), c’est parce qu’il y a dans les milieux du développement personnel une dangereuse tendance à la « success story », à laquelle j’ai moi-même souvent envie de croire. L’idée est basique : du moment que vous y mettez suffisamment de temps, d’énergie, que vous (vous) « investissez » assez, vous pourrez atteindre votre objectif.
Corollaire : si vous échouez, c’est que vous ne vous êtes pas assez investi ! gros  paresseux ! c’est de votre faute ! fallait bosser plus ! être plus ceci ! moins cela !

Et c’est là qu’intervient le reality check : parfois, ça ne marche pas. Et c’est comme ça, c’est tout. Il n’y a pas forcément quelqu’un à blâmer, c’est juste comme ça. Il y a des facteurs qu’on ne peut pas contrôler. Je suis idéaliste au cœur, mais la tête me force à admettre que parfois, la vie est injuste (je ne dis pas nécessairement que c’est le cas pour moi ici, je parle en général). C’est moche, mais c’est comme ça.

On peut en faire une leçon, dans certain cas, et c’est sans doute la meilleure manière d’appréhender l’échec qui soit… mais peut-être même pas toujours. L’idée que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » est belle, mais très utopique, à mon avis. A moins que ça ne dépende de l’interprétation que l’on fait du terme « fort », mais je ne suis pas spécialiste de Nietsche 😉

Alors voilà, à tous les INFJ et les perfectionnistes qui lisent ce blog, j’avais juste envie de dire « parfois, malgré tout mes efforts, je foire ». J’essaie de prendre les choses de façon aussi positive que possible, mais si on regarde crûment la réalité en face, c’est ce qui c’est passé. Ca vous arrive(ra) sans doute aussi. C’est normal. C’est juste le fait d’être humain. Ce n’est pas parce qu’on se fixe des objectifs qu’on les atteindra tous. On ne deviendra jamais parfaits, quoiqu’en disent les sites de développement personnel et les guru en tout genre. Au mieux, je pense, on arrive à identifier ses faiblesses et à les compenser plus ou moins.

Je pense que j’ai la chance d’avoir ce que la psychologue américaine Carole Dweck appelle un « état d’esprit de développement » (c’est un INFJ qui m’a fait découvrir ses travaux, et je l’en remercie encore). Je ne crois pas en avoir déjà parlé ici – et si c’est le cas, je répète, pas grave – mais c’est fascinant. Elle différencie deux approches de l’apprentissage, l’une figée (on réussit ou on échoue), l’autre évolutive (on n’a pas – encore – réussi). Pour en savoir plus sur ses travaux, vous pouvez voir sa page sur wikipédia ou la petite vidéo ci-dessous. Comme je suis plutôt « évolutive », je suis en train de redéfinir mes objectifs pour l’année à venir. Ils ne sont pas encore tous fixés, ou en tout cas je n’ai pas encore clairement défini combien de temps je consacrerai à chaque élément, mais je sais deux choses : 1/ je repasserai probablement des concours 2/ je ferai en sorte d’avoir une année plus « cool », parce que les sacrifices, ça commence à bien faire 😉

Voilà, alors que la rentrée approche, j’avais envie de vous dire, ainsi qu’à moi-même : fixez-vous des objectifs, mais ne soyez pas trop durs avec vous-mêmes. Je ne sais sincèrement pas si se préparer à la possibilité de l’échec conduit à celui-ci, comme on me l’a dit avant mes oraux. Selon cette interprétation, j’ai peut-être trop cherché à me protéger. Tant pis. On ne le saura jamais, et il n’y a rien de plus important à mes yeux que de prendre soin de moi-même. Protéger la petite flamme d’enthousiasme qui me fait apprécier la vie. Il n’y a pas si longtemps qu’elle était menacée….
A chacun d’entre vous de doser efforts, sacrifices et plaisirs, en fonction de vos convictions personnelles, mais n’oubliez pas que vous n’avez pas forcément toutes les cartes en main non plus…

Bonne rentrée à tous !
(ps : je m’occupe bientôt des réponses à vos commentaires, promis !)

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Interview de Carl Gustav Jung sur les fonctions et surtout l’intuition introvertie

J’ai fait une traduction assez littérale de la vidéo, en vitesse, sur les points les plus intéressants à mon goût…  entre crochets, il y a les parties dont je n’étais pas sûre ou que je n’ai pas comprises (achhh, tscherman axxent !! ) :

« Il y a des gens très équilibrés… les classifications ne sont qu’un point de repère. Ma construction typologique est seulement une sorte d’orientation. Il y a un facteur introversion et un facteur extraversion. La classification des individus ne veut rien dire, rien du tout. Ce n’est qu’un instrument pour les psychologues pragmatiques.

Très souvent, un introverti épouse un extraverti, pour compenser, ou bien un certain type épouse son contre-type pour la complémentarité ».

Sur les fonctions : « Sensation vous dit qu’il y a quelque chose, Thinking vous dit ce que c’est, Feeling vous dit si c’est agréable ou pas, et Intuition, là, il y a une difficulté. En général, vous ne savez pas comment l’intuition fonctionne. Quand quelqu’un a un pressentiment, vous ne pouvez pas dire d’où il vient […] c’est une perception par des liens intermédiaires et vous n’avez que le résultat de cette chaîne d’association. Parfois vous réussissez à trouver [les liens intermédiaires] mais le plus souvent, non. Donc ma définition est que l’intuition est une perception par voie ou moyen de l’inconscient. C’est ce que je peux trouver de plus proche de ce que c’est.

C’est une fonction très importante parce que, quand vous vivez dans des conditions primitives, beaucoup de choses imprévisibles peuvent se passer, et là, vous avez besoin de votre intuition, parce que vous ne pouvez pas savoir ce qui va se passer grâce à votre perception.

Question : quelle différence entre un intuitif extraverti et introverti ?

Eh bien, vous avez choisi un cas assez difficile, parce que l’un des cas les plus difficile est l’intuitif introverti. […] L’introverti est plus difficile parce que son intuition porte sur les facteurs introvertis, son monde intérieur et bien sûr, c’est très difficile à comprendre. Parce que ce qu’il voit est très inhabituel, et il n’aime pas en parler. Si il n’est pas idiot, parce qu’il gâcherait son propre futur [jeu] en disant ce qu’il voit, parce que les gens ne le comprendraient pas ».

Il prend l’exemple d’une patiente qui lui a dit avoir un serpent dans l’abdomen, en précisant que ce n’était pas à prendre au sens littéral. « […] elle ne peut pas parler de son expérience, bien sûr, parce que tout le monde la prendrait pour une folle. Moi-même, j’étais assez choqué, j’ai pensé à de la schizophrénie.

Si un intuitif introverti disait ce qu’il pense vraiment, pratiquement personne ne comprendrait, ils seraient incompris et donc ils apprennent à garder ces choses pour eux et vous ne les entendrez pratiquement jamais parler de ces choses. C’est le plus grand avantage, mais c’est le plus [petit?] des avantages sous d’autres aspects. Les [docteurs?] parlent des expériences qu’ils ont sur ce plan, mais aussi sur celui des relations humaines. Par exemple, ils sont mis en présence de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, et ils ont des images intérieures, et ces images intérieures leur donnent une image plus ou moins complète de l’approche de leur partenaire, mais il peut aussi arriver qu’ils se trouvent en présence de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas du tout, et ils connaissent une partie importante de [?] de cette personne et ils ne le savent pas [?]. L’intuitif introverti a en un sens une vie très difficile, quoique l’une des plus intéressantes, mais il est souvent difficile d’obtenir leur confiance. 

C’est une sorte de squelette auquel vous devez ajouter la chair ou qui serait défini par des points de triangulation… ce qui ne veut pas dire que le contenu, ce sont les points de triangulation, c’est seulement pour avoir une idée des distances. Donc c’est un moyen pour une fin, pour des cas pratiques ».

 

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Le comité d’amélioration personnelle

Depuis quelques jours, je suis en congé. Ça se passe toujours de la même manière, quand je reste chez moi en congé : ce n’est pas vraiment un « congé ». Les premiers jours, je suis enthousiaste : tout ce temps disponible ! Tout ce que je vais pouvoir cocher dans mon interminable liste de choses à faire, à ranger, à trier !

Alors je m’active, je coche, je suis contente, je fais des plans, j’ajoute des choses dans la liste. Bien sûr, de temps en temps, je traîne sur facebook, de temps en temps, je lis au soleil, de temps en temps, je regarde une série ou une vidéo. Mais en arrière-plan, je planifie : tel jour, il me manque un ingrédient pour le repas donc il faudra faire les courses avant, mais sur la route il y a telle boutique où il faut que je passe déposer tel objet, penser à prendre l’objet, à acheter l’ingrédient, prévoir le meilleur moment pour les courses…

Je vis seule : la litanie intérieure est interminable… épuisante… alors, invariablement, il y a ce moment où je craque. J’enchaîne les chapitres de série ou de livre jusque tard dans la nuit, je serai épuisée demain mais tant pis, je n’en peux plus, je veux cette gratification rapide, cet ersatz de connexion émotionnelle, parce que je n’y arrive pas. J’ai beau faire, j’ai beau essayer, je n’en peux plus, je me sens trop seule, ça déborde. Se déborde et réclame son dû.

Et le lendemain, les ombres arrivent. La culpabilité. La liste, plus longue encore de tout ce qui n’a pas été fait pendant toutes les heures de débordement. Plus lourde. Accusatrice.
Le découragement. Les heures et les heures passées à ranger, essayer, améliorer, nettoyer, trier. Et les progrès lilliputiens, les semaines, qui s’ajoutent au mois, qui s’ajoutent aux années. Quand est-ce que ça va s’arrêter ? Quand est-ce que ce sera suffisamment rangé et en ordre pour que je me sente vraiment bien chez moi ? Quand est-ce que le tri sera fait de ce que je garde de mon ancienne vie … ou pas ? Quand est-ce que je vais pouvoir commencer à juste « vivre » ?

Adolescente, j’ai lu le livre de John Gray « Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus ». Il parlait d’un concept féminin : « le comité d’amélioration du foyer ». Ça m’a marquée, cette idée que les femmes cherchent toujours à améliorer leur intérieur, à en faire une extension représentatrice d’elle-même. Parenthèse : on est d’accord, c’est hypersexiste, mais dans un livre avec un titre pareil, vous vous attendiez à quoi ? Et je pense que c’est assez juste, même si heureusement, il y a des femmes qui se sentent suffisamment libres et bien dans leur peau pour envoyer balader ce genre de considérations. J’aimerais leur ressembler. Sauf que non seulement, je suis hyper loin du compte, mais chez moi, ça ne s’arrête pas au foyer, ça vaut pour moi aussi. Le comité d’amélioration personnelle. Je suis en éternel apprentissage. Je crois que c’est pour ça que je conserve une telle fascination pour les récits d’initiation, sous quelque forme que ce soit : un film de danse pour adolescente, un livre, un joli manga (le dernier en date, que je recommande chaudement, s’appelle « L’atelier des sorciers »)…

Voir des héros se débattre, surmonter les obstacles et parvenir à leur happy end me motive. C’est mon crédo personnel : on s’accroche, on sourit à l’extérieur, on sert les dents à l’intérieur, et on y va. J’ai largement passé l’âge, et pourtant, dans ma mythologie personnelle, il y a ancré cette notion qu’au bout du chemin, si je fais suffisamment d’effort, si je suis suffisamment « bien », alors, peut-être, peut-être, j’aurais droit au bonheur moi aussi.

Je sais que c’est un leurre. Je sais qu’il y a plein de gens heureux qui ne correspondent pas du tout à ma définition de « suffisamment bien » et c’est tant mieux pour eux. Je sais que le bonheur, au fond, c’est le sentiment de plénitude tout simple qui s’empare de moi quand je vais lire dans un parc au soleil ou quand je partage un repas avec des amis. Quand je connecte des idées et que soudain, tout un univers de réflexion s’ouvre devant moi.

Mais le répit est de courte durée et vite, très vite, revient la liste…

Je sais aussi que la liste est un leurre. Que me préoccuper de cocher les choses dans la liste m’évite de me confronter à un autre être humain, qui sera beaucoup plus complexe et imprévisible à « gérer » qu’une liste de tâches joliment écrite en turquoise sur écru, si longue et interminable soit elle. Que ce n’est pas parce que je suis « suffisamment bien » pour arriver au bout de la liste, que j’affronterai mieux les risques. Que je surmonterai plus facilement les blessures. Que j’oserai ouvrir mon cœur. Que je plairai à quelqu’un. Au contraire, d’ailleurs, la perfection effraie plus qu’autre chose.

Je sais tout ça, mais ça ne change pas grand-chose. Ou alors un changement lilliputien, imperceptible, chez moi comme dans mon appartement. L’envie d’un cocon est trop forte, de ce cocon « parfait » où pouvoir me réfugier et reprendre ma petite vie bien rangée, me ressourcer après chaque blessure, après chaque constat amer du fossé (infranchissable?) qui me sépare des autres.

Un cocon d’où régulièrement, pouvoir prendre mon envol et essayer, encore et encore, de trouver cette fichue connexion…

Un cocon où, régulièrement, pouvoir venir me ressourcer et essayer, encore et encore, de trouver ma paix intérieure…

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« L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir » de Rosa Montero.

Aujourd’hui, je vais vous parler d’un drôle de petit livre. Pas drôle-amusant, non, mais drôle-étrange-fascinant, une sorte d’OVNI littéraire.

Un peu de contexte, tout d’abord : en ce moment, je n’ai pas vraiment le temps de lire, pas ce que j’appelle les « livres-détente », en tout cas. Cependant, ayant passé un premier cap début février, j’ai décidé de m’offrir une récompense, un « petit » livre. Oui, je classe mes livres par catégorie. 200 pages, écrites pas trop petit, pas trop denses, ça entre dans la catégorie « petit » (vous ne voulez pas savoir ce que j’appelle un « gros » livre. Je vous assure, vous ne voulez pas…vous ne voulez pas non plus répondre à la question « un gros livre peut-il également être un livre détente pour l’auteur de ce blog ?  », en cinq heures et huit pages écrites à la main à l’encre foncée. Non, non. Moi non plus d’ailleurs 😉 ).

Ce livre est, je crois, l’un des plus petits sinon le plus petit qui se trouvait dans ma PAL (pile à lire, pour ceux qui ne fréquentent pas les blogs littéraires). Enfin, une de mes PAL et autres sacs, cartons et conteneurs à livres variés qui encombrent mon appartement 😉

Bonus, ce livre m’a été offert par une amie ENFJ qui m’est très chère, avec qui j’ai passé des heures à décortiquer le sens de la vie et à examiner au microscope le moindre événement de nos vies respectives, jusqu’à ce qu’elle parte rejoindre son amoureux (je vous rassure, nous ne nous sommes pas perdues de vue pour autant, mais le fait est que nous n’avons plus vraiment la possibilité de partager les petits riens du quotidien. Pour l’instant, en tout cas). Il lui avait fait penser à nos conversations.

Tout cela était fort prometteur. Le contenu annoncé était cependant déroutant et, pour tout dire, reste difficile à résumer, même après lecture. Il s’appuie sur le journal de Marie Curie, écrit après la mort accidentelle de son mari Pierre, à travers la lecture qu’en fait l’auteur… qui a elle-même perdu son compagnon. Vous l’aurez compris, c’est un livre qui parle de la mort, beaucoup. Mais ce n’est pas un livre triste. Aussi cliché que cela puisse paraître, c’est un livre qui parle de la vie à travers son négatif, la mort. Alors évidemment, il y a des passages qui résonnent avec la perte de vos propres êtres chers et parfois c’est un peu douloureux… mais c’est aussi un moment passé avec eux, quelque part. Un moment pour comprendre un petit plus ce qu’on traverse dans ces périodes là, un petit peu mieux, mais pas forcément beaucoup parce que fondamentalement, c’est indicible. En ce sens, c’est un texte précieux, car rares sont ceux qui portent sur ce sujet.

Il y a cependant beaucoup, beaucoup d’autres thèmes abordés. A mes yeux, c’est un (petit) défaut de ce livre : il part un peu dans tous les sens. Il y a plus d’un thème que j’aurais voulu voir creusé, mais c’est peut-être à l’image de la vie et des centres d’intérêt auxquels on s’attache un temps, puis qu’on délaisse avant d’y revenir plus tard. L’auteur l’a matérialisé d’une manière qui m’a déroutée au premier abord, puis finalement beaucoup plu : des hashtags ! Voici donc, façon teaser, ceux que j’ai préféré : #FaireCeQu’IlFaut, #PlaceDeLaFemme, #FaiblesseDesHommes (un grand cru !) et celui qui m’a le plus touchée, celui qui m’a totalement prise au dépourvu parce que c’est paradoxalement LE mot qui s’est imposé en moi alors que je me remettais lentement de mon dernier deuil : #Légèreté.

#Coïncidences (Lisez, vous comprendrez).

Il y aurait sans doute beaucoup d’autres choses à dire sur ce livre. La question de la #PlaceDeLaFemme, de la chercheuse en la femme et de la scientifique dans le monde – notamment, mais pas seulement, académique – y est traitée de façon particulièrement intéressante. La question de la création, notamment littéraire, comme dépassement de la finitude humaine aussi. Elle n’a pas de hashtag. C’est un peu dommage.

Ah, et puis c’est anecdotique, mais ce n’est, je crois, que le deuxième livre d’une auteur espagnole contemporaine que je lis… les deux partagent un ton chaleureux, dont je me demande s’il est typique, celui d’une amie de longue date avec laquelle on discute tard dans la nuit…

Pour finir, deux citations :

« [Définissant de belles obsèques : ] Elles ont servi aux vivants en prenant soin des morts »

Et ma préférée : « nous sommes les reliquaires des gens que nous aimons »

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