Quelques pistes de réflexion pour se protéger d’un Sauveur-Victime

C’est la rentrée, je commence à avoir enfin la possibilité de me poser un peu, alors je vous ai préparé un gros post, plutôt orienté vie professionnelle. Mais pas que !

Avant toute chose, je tiens à dire que ces réflexions ont été inspirées par Mark Manson, ma psy et plusieurs de mes anciens boss/mentors (pas nécessairement dans cet ordre). Et un coach qui m’a expliqué le triangle de Karpman, si tu me lis, merci Fabrice ! Je n’ai ni creusé la question dans des livres, ni suivi de formation en Analyse transactionnelle, alors j’espère que je ne dirai pas de bêtises, mais comme j’ai trouvé ça assez génial, je l’utilise fréquemment dans mes réflexions sur les relations humaines. Si vous n’êtes pas d’accord, n’hésitez pas à m’expliquer pourquoi dans les com’.

Entrons donc dans le vif du sujet : je suis en train de remarquer que je me trouve régulièrement confrontée à un type de personnalité particulier, essentiellement dans le cadre du boulot – mais ça peut s’appliquer aussi au dehors. Je vais les appeler les Sauveurs-Victimes (SV de leur petit nom).

Je pense qu’on en trouve partout, mais que les domaines professionnels un peu idéalistes/exigeants (typiquement, le milieu académique) sont un terreau particulièrement fertile pour ce type de personnes. Ce sont des gens qui vivent pour leur travail, y consacrent la majeure partie de leur temps, et ne comprennent pas que ce ne soit pas le cas de tout le monde. Ils ont en général, (forcément et / ou heureusement vu que c’est l’essentiel de leur vie) atteint un niveau de compétence important, et passent leur temps dans le meilleur des cas, à rattraper/corriger les erreurs des autres (Sauveur), dans le pire à lutter contre leur environnement, soit parce que leur niveau d’exigence les rend cassants/leur attire des inimitiés, soit parce qu’ils sont perçus comme une menace par des gens qui veulent réussir (plus pour leur satisfaction narcissique pour l’amour de la science) (Victime).

En général, ils oscillent d’un rôle à l’autre, mais se présentent fondamentalement comme « Sauveurs ». Le trait « Victime » apparaît à leur corps défendant, on le repère à la longue, en « négatif » de leur auto-promotion dans le rôle de « Sauveur ».
Ce sont des personnes qui se perçoivent comme fondamentalement « seules contre le reste du monde », qui ne comprend rien et ne sait pas être efficace (de leur point de vue). Elles sont seules parce qu’elles sont exigeantes, brillantes, « workaholic ». Et aussi parce qu’elles ne font pas forcément beaucoup d’efforts pour admettre qu’on puisse avoir d’autres priorités dans la vie et que faciliter les relations interpersonnelles améliorera le travail global d’une équipe.

Ayant été élevée par quelqu’un ayant ces traits de personnalité, j’éprouve une forme de tendresse particulière pour eux et j’ai tendance à me précipiter pour les sauver… mais j’ai aussi appris un peu à la dure que ça ne servait pas souvent à grand-chose, à part perdre de l’énergie et de la confiance en l’humanité (rappel : l’humanité est attachante, mais imparfaite. Perfectible, mais seulement si elle le décide. On ne peut pas forcer l’humanité à s’améliorer si elle ne l’a pas décidé elle-même. Oui, je sais, c’est frustrant. C’est insupportable, même. Mais, hélas, c’est comme ça, et puis vite vous l’accepterez, plus vite vous gagnerez un peu de tranquillité d’esprit. De fait, votre colère et votre frustration ne servent à rien à part augmenter votre rythme cardiaque, donc autant vous calmer. Être idéaliste, c’est bien, mais parfois il faut aussi être un peu pragmatique). L’idée de cet article, c’est donc de partager mes constations, parce que j’ai constaté que la population INFJ avait de grosses tendances à se faire prendre dans les filets du SV…

Donc, un petit scénario pour vous aider à mieux comprendre de quoi je parle :

– Notre SV (Sauveur-victime) se plaint à plusieurs reprises d’un problème technique qui lui pourrit la vie et complique le travail.

– une certaine INFJ dont toute ressemblance avec une personne existant réellement n’est pas fortuite lui propose des solutions simples (auquel le SV, vu son intelligence, aurait parfaitement pu arriver par lui-même s’il avait pris 5 min pour le faire. Voire, qu’il a déjà envisagé tout seul)

– quelques jours passent, et le SV se plaint à nouveau du problème. Il n’a pas essayé les solutions proposées et s’il l’envisageait, trouverait de bonnes raisons de ne pas le faire (ce n’est pas le moment, ça ne marchera de toute façon pas, etc.)

Conclusion : il ne VEUT PAS résoudre le problème. Il dit que ce problème lui pourrit la vie. Il communique. Il ne réclame pas. Ça a l’air pareil, vous êtes câblés pour entendre une demande, mais ce n’est pas pareil, ce n’est pas une demande, et la différence est d’importance.

Aparté (dans le registre « faites ce que je dis, pas ce que je fais ») : répondez aux demandes, verbalisées comme des demandes ! Vous savez, ces phrases avec une intonation qui monte et un point d’interrogation à la fin. Celles qui commencent par « Est-ce que tu … ? ». Vous avez appris à les reconnaître à l’école, et puis vous aviez tellement envie de vous sentir utile que vous vous êtes mis à ignorer le point d’interrogation à la fin. Vous proposez avant qu’on vous ai demandé quoique ce soit. L’autre : « J’ai froid », vous : « Tu veux mon pull ? » Et après, vous vous demandez pourquoi on vous a pris votre pull / utilisé ? Ben, vous avez demandé à être utilisés, petits malins ! Vous ne pensiez quand même pas que personne n’allait abuser ? Si ? Alors relisez la partie, plus haut, qui parle de l’humanité imparfaite ! (tout le monde n’est pas comme ça, hein… heureusement. Ceux qui n’abusent pas, voire devancent vos demandes à vous de temps en temps, seront de très précieuses relations)

Revenons à notre SV :

Pourquoi, mais pourquoi ne veut il pas résoudre ce problème qui lui pourrit la vie ? Parce qu’il ne pourrait plus se plaindre ! Parce que le problème « remplit » sa vie, que c’est un problème qui a le mérite d’être familier, et que le familier, c’est rassurant. Et puis, que serait un Sauveur sans problèmes à résoudre ? Plus rien. Perte d’égo, perte d’identité, panique.

Et c’est là qu’il est important d’ouvrir les yeux et de se préparer à prendre ses distances émotionnelles : le sauveur-victime, qui verbalise que sa situation n’est pas normale, qu’il ne devrait pas avoir à gérer ce genre de détail, que ses collègues le placent dans des situations impossibles REVENDIQUE par là son statut de victime. Il ne place pas ses collègues devant leurs responsabilités, il les endosse. Ben oui, il est le seul à pouvoir faire les choses correctement, de toute façon. Et hop, le monde repose sur ses épaules et il ne veut surtout pas partager ce fardeau. Il aime son rôle, et il veut le garder.

Et l’INFJ, là dedans ?

Et bien, en général, on identifie le SV au fait qu’il a des « soupapes », qui gravitent autour de lui. Des personnes plutôt jeunes et/ou de bonnes volontés (stagiaires, CDD…), à qui il va pouvoir expliquer combien il souffre, qui vont compatir, et sur qui il pourra faire retomber les conséquences de son débordement dû au fait d’être seul à sauver le monde (comprenez sa discipline ou son domaine pro) et à son éventuelle désorganisation. Et qui vont le défendre, bien sûr (si vous ne comprenez pas pourquoi, cliquez là : « syndrome de Stockholm »).

Les **FJ font d’excellentes soupapes. F leur donne de l’empathie et grâce à J, ils sont organisés, ce qui permet de compenser le côté professeur Tournesol du SV (souvent soit P, soit tellement dans les hautes sphères qu’il est incapable de trouver l’interrupteur qui est devant son nez). Le SV le sait, et va faire en sorte de leur donner assez de validation positive pour qu’ils se précipitent à son service.

L’enjeu, quand vous repérez ce scénario, est le dosage. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous pouvez vous-même vous retrouver à devenir un SV, en essayant de sauver le vôtre !!! Votre priorité doit donc être de ne pas vous faire prendre dans sa logique, et de garder une forme d’indépendance.

Donc, vous allez l’aider autant que possible SI vous le souhaitez – parce que vous en avez envie, parce que c’est un « moteur » pour vous, parce que c’est intéressant professionnellement, mais en faisant attention à ne pas vous laisser « bouffer » non plus.

Rien ne vous empêche d’avoir de l’empathie pour votre SV. C’est souvent quelqu’un de brillant, avec des côtés attachants. Un Don Quichotte des temps modernes. Mais il faut vous souvenir que c’est aussi quelqu’un qui n’a pas suffisamment de lucidité, de volonté ou de force, pour comprendre son propre fonctionnement et la manière dont il crée ses problèmes (c’est déjà pas facile d’en prendre conscience, je ne vous parle même pas du fait de commencer à essayer de changer…) Vous, vous êtes assez perfectionniste pour vouloir faire mieux !

Si vous êtes INFJ, commencez par essayer de mettre Fe en veilleuse pour analyser ce qui se passe. Vous repérez un potentiel SV ? Ne vous précipitez pas dans le sauvetage, en mode « le messie est arrivé, tout va s’arranger ». Observez. Ni et Ti sont deux fonctions qui peuvent vraiment vous aider : Ni parce qu’elle va vous souffler que la situation est anormale et qu’il y a un dysfonctionnement quelque part, Ti parce qu’elle va vous aider à repérer les incohérences (tiens, le SV vient de totalement ignorer la solution que je lui ai présenté sur un plateau. Hum.)

Une fois que vous aurez compris le problème, il va falloir adapter votre réaction. Inutile d’expliquer en frontal au SV qu’il se crée ses problèmes tout seul : il ne va pas l’entendre et vous allez le braquer. Il faut vous couler dans sa vision du monde, mais sans être dupe.

Il se plaint, vous l’écoutez, vous êtes désolé pour lui, en effet, cette situation n’est pas normale.
Vous pouvez faire quelque chose pour aider et vous en avez envie : vous pouvez toujours proposer (je sais, j’ai dit d’attendre une vraie demande, mais on se refait pas, hein 😉 Et puis j’avais prévenu que j’étais pas bonne pour ça !)

Et c’est tout.

Vous fermez la porte du bureau, et vous passez à autre chose. Vous ne le plaignez pas spécialement : il a bien cherché sa situation. De plus, il a demandé de l’écoute, vous avez donné de l’écoute. Vous êtes en paix avec vous même, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles !

Un monde où il est sauveur-victime et où vous n’êtes… ni l’un ni l’autre.

Ma première tendance, je l’ai dit, c’est de basculer en mode sauvetage. Mais, je l’ai dit aussi, ces personnes ne veulent pas, fondamentalement, être sauvées. Si vous essayez quand même, vous allez vous prendre un retour de bâton violent dans la figure. Et c’est comme ça qu’on devient aigri : « comment peut-il me traiter comme ça alors que j’ai juste voulu l’aider ? ». Ben, parce qu’il n’a rien demandé ! Imaginez qu’on vienne vous faire boire votre thé comme si vous n’étiez pas capable de le faire tout seul, ce serait énervant, non ? Donc, on prend du recul et on fait des petits tests, on propose des petites solutions par ci, par là, et on voit ce qui est bien accepté ou non.
Et si au bout de très longtemps (je parle en mois, au minimum !), une relation de confiance se crée, et que la situation est propice, on peut tenter de glisser une ou deux remarques pour essayer de faire réfléchir le SV. Sans espérer de miracles. On plante une graine, on ne fait pas tomber un arbre en travers de la route. Ni même une branche (voir la mention du bâton, ci-dessus) !
Et dès que quelque chose n’est pas accepté, on arrête !!! Pas la peine de perdre son temps et son énergie. Il y aura toujours des gens – ou des causes – prêts à accepter votre aide et pour qui vous pourrez faire la différence : focalisez vous sur ceux-là !

Et si vous n’y arrivez pas tout seul… que vous vous retrouvez invariablement à vouloir sauver le monde.. essayez de vous trouver un bon thérapeute, parce qu’il faut que vous compreniez ce qui déclenche ce besoin chez vous pour arriver à vous en dégager. Sinon, vous allez passer votre vie à essayer de sauver des gens qui ne veulent pas l’être, et ça risque fort de vous laisser une impression assez désagréable et de vider votre réservoir de bonne volonté pour ceux qui auraient vraiment besoin de vous. Ce serait dommage, non ?

Sur ce, j’espère que vous n’êtes pas confrontés à ce type de problèmes… et je vous souhaite une bonne rentrée !

PS : j’ai bien noté tous les commentaires et autres messages auxquels je n’ai pas répondu, ça va venir, soyez patients !

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La méthode Schopenhauer, d’Irvin Yalom

Avant de vous parler de ce livre, un petit aparté : les lecteurs qui suivent la page facebook du « Coin lecture » sont déjà au courant, je suis en plein changement de vie… nouvelle ville, nouveau travail à partir de début juin. Autant vous dire que j’ai eu énormément de choses à préparer, à faire, à penser.. donc peu de temps pour me poser ou écrire. J’espère me rattraper cet été, d’ailleurs j’en aurai sans doute tout simplement besoin, parce que je sens que ça bouillonne à l’intérieur de ma petite tête ! Une nouvelle fois, je ne peux donc que vous remercier de votre patience, vous qui continuez à suivre ce coin lecture malgré mes publications très épisodiques !

Et maintenant, le livre !
Comme souvent, un prêt de mon amie INTJ, à qui je dois d’avoir découvert Irvin Yalom et ses romans sur la psychothérapie. J’en ai lu deux jusqu’ici (Le premier était « Et Nietzsche a pleuré »), les deux m’ont énormément plu et fait réfléchir, et j’ai bien l’intention d’en lire d’autres…

Pour vous donner une petite idée du contenu, si vous ne connaissez pas : dans ces deux livres, on suit un personnage plutôt misanthrope, avec des idées très arrêtées dans le domaine du relationnel, qui confronte ses convictions à celle d’un ou plusieurs personnage(s) plus « intégrés » au monde. C’est très bien écrit et permet aussi de découvrir la pensée de grands philosophes de façon très agréable et facile. Par rapport à ce que j’en connais, j’ai l’impression que c’est extrêmement bien documenté. Bref, de la vulgarisation de haute volée… dans un roman. Idéal si on a à la fois envie de se détendre et de se donner matière à réflexion !

Ce qui m’a frappé dans ce livre – et qui surprendrait, je pense, un certain nombre de mes relations – , c’est le sentiment de familiarité que j’ai éprouvé avec le personnage du misanthrope, Philip. Au début du livre, j’étais plutôt portée vers Pam, l’absente, celle qui est décrite comme pilier du groupe, généreuse, chaleureuse, partie chercher des réponses en Inde. Et puis Pam revient, et dans la confrontation qui s’en suit, dans le dévoilement des questions que se pose Philip, c’est vers lui que mon attention se tourne. Il y a un passage en particulier, dans lequel il fait lire aux autres personnages un extrait philosophique auquel ils restent totalement hermétiques, y compris ceux y mettant la meilleur volonté. Mais moi, ce passage, il me parle ! Et cette sensation d’incompréhension et de rejet par les autres d’un apport qui paraît essentiel et évident au personnage, elle est tellement familière ! Il ne s’agit pas de blâmer qui que ce soit ici : je comprends bien que nous n’avons pas tous les mêmes questionnements et que les miens peuvent paraître trop sérieux et lourds au quotidien. Si je pouvais, peut-être que je m’en débarrasserais (quoique…), mais ils sont mon fardeau. Heureux ceux qui ne portent celui-ci que de manière très ponctuelle, pendant les temps de rupture ou de deuil. Je vis avec au quotidien, j’ai appris à le faire, j’ai appris à rechercher la légèreté malgré tout… mais je me sens souvent un peu seule face au constant rappel du fait que d’autres parviennent à l’ignorer, face à l’impossibilité de le partager avec ceux qui me sont les plus proches.

En aucun cas je ne qualifierais Philip d’INFJ : d’abord parce que je me sens nulle pour typer, ensuite parce qu’un INFJ a la fonction Feeling extraverti (Fe) en secondaire, qui lui fait rechercher une forme d’harmonie avec le groupe, notion à laquelle Philip est totalement étranger. Il est visiblement gouverné par la fonction de Feeling introverti (Fi) : il se conduit selon ses valeurs propres indépendamment des réactions que cela peut susciter… Par contre, à certains égards, on pourrait dire qu’il représente une variante extrême de ce à quoi pourrait ressembler un INFJ sous stress, gouverné par les fonctions Intuition introvertie (Ni) et Pensée introvertie (Ti) : la fameuse boucle Ni-Ti. Il va chercher une solution dans de grandes notions de la pensée (Ni) et crée à partir de là un système cohérent d’explication du monde (Ti). La résolution du conflit passe alors par la réouverture d’un accès à Fe, par le fait de couper un peu le cercle vicieux d’auto-conviction alimenté par Ni et Ti, en intégrant des éléments extérieurs (une personne, un livre, un film…) et en prenant soin d’ignorer la force critique de Ti (« cette information n’est pas valide », « on n’est pas dans ce monde de bisounours », « ça ne servira à rien », « ce n’est pas ça qui va résoudre ton problème »…). De ce fait, je pense qu’il peut être particulièrement intéressant pour les INFJ de lire ce livre.

Un autre aspect que j’ai trouvé très bien amené est l’évolution du personnage de Pam, dont on comprend peu à peu à quel point elle aussi s’est enfermée dans sa représentation du monde, même si cette représentation est à bien des égards opposée à celle de Philip (chacun des deux étant persuadé de détenir LA vérité, ce qui est un enseignement en soi).
Mon expérience de la thérapie est très proche de cela : c’est découvrir peu à peu à quel point je me suis enfermée dans des « croyances limitantes » (je ne sais pas d’où vient le terme, que j’ai souvent croisé dans différents textes relatifs au développement personnel – de tête, il me semble que c’était sur le blog de Spike séduction que je l’ai trouvé en premier. J’imagine que cette référence vous interpelle, donc oui, je le confirme, j’ai passé un certain temps à lire un blog de conseil aux hommes pour séduire les femmes ! Et c’était passionnant ! 😉 ). Je reviens à mes moutons : les croyances limitantes. Je m’étais construit une vision du monde, confortable parce que j’y étais la victime, et je passais tous les événements qui m’arrivaient à travers ce prisme. Et surtout je RÉAGISSAIS à partir de ce prisme. Parfois violemment (le doorslam des INFJ, ça vous parle ? ). Le travail thérapeutique, c’est un long et douloureux processus de déconstruction de tout ça. C’est difficile. C’est lent. Il faut se forcer à réagir autrement, c’est contre-intuitif et pénible. Mais puisqu’on paie pour ça, on essaie d’en avoir pour son argent. On teste. On se plante. On va un peu trop loin un jour, pas assez un autre. Et petit à petit, on observe que les réactions des gens CHANGENT ! Et oui !!! Parce qu’on amène autre chose, on reçoit autre chose. Parce qu’on cesse d’être en mode « fight or flight » (combattre ou se casser), on donne aux autres l’espace pour nous donner ce qu’ils ont en eux (scoop : ça n’a parfois rien à voir avec ce qu’on voudrait/imaginait, etc.). En ce qui me concerne, ce n’est pas fini, mais je suis déjà convaincue, je vois les progrès et je me vois mûrir et prendre peu à peu ma vie en main, au lieu de me laisser ballotter au gré des événements en me plaignant que ça ne va pas comme je veux (ce n’était peut-être pas aussi catastrophique, mais vous saisissez l’idée 😉 ).

Petites citations pour la route :

« Parmi les formules de Schopenhauer qui m’ont beaucoup aidé […] il y avait cette idée que le bonheur relatif provient de trois éléments : ce qu’on est, ce qu’on a et ce qu’on représente aux yeux des autres. Pour lui, il faut absolument se concentrer sur le premier élément et ne pas miser sur les deux derniers – la possession et notre réputation – parce que nous n’avons aucun contrôle sur eux […] En fait, la possession est à double tranchant, précise-t-il : ce que nous possédons finit souvent par nous posséder » p. 368-369.

« La cohérence est le maître mot de la psychothérapie » p. 446. (Citation que j’associe à la notion utilisée dans le bouddhisme du corps, de la parole et de la pensée : d’où une recherche de cohérence entre ce que l’on fait, ce que l’on dit et ce que l’on pense).

Et vous, vous avez déjà lu Irvin Yalom ? vous en pensez quoi ? Et si vous l’avez déjà lu, vous avez un préféré ?

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Hier soir Notre-Dame a brûlé…

Des collègues m’ont dit qu’à partir du moment où il n’y avait pas eu de perte humaine, ce n’était pas si grave… je ne peux pas dire le contraire, en un sens, c’est évident, mais pour moi c’est grave « autrement », pas moins. Je fais partie de ceux qui ont pleuré.

Il y a le « bâtiment », bien sûr, cette silhouette familière. Elle est là, massive, centrale. Au cœur de tout : la ville, le fleuve, les routes, les gens. Il y a les jours où on y jette au mieux un coup d’œil distrait, et puis ceux où on prend le temps de s’arrêter pour voir le double arc-en-ciel qui la touche, l’effet des arbres en fleurs contre ses murs de pierre. Où on s’installe dans le petit parc pour lire ou discuter.

Penser qu’une structure qui a traversé tant de siècles, qui a été la somme de tant d’efforts, acquérant par là-même une dimension « sacrée » intrinsèque, indépendamment de sa destination religieuse, est partie en fumée en quelques heures, ça continue à me rendre profondément triste.

Et puis, il y a le symbole.

Comme l’a souligné la psychiatre Gaëlle Abgrall, il y a eu une sorte de « personnification » du monument1. Peut-être parce que les êtres humains sont ce qu’ils sont, n’en déplaisent à la rationalité scientifique, et que beaucoup ont besoin d’un petit quelque chose en plus.

Notre-Dame aujourd’hui a sans doute un peu remplacé Sainte Geneviève, comme figure protectrice, divinité tutélaire. Du moins, elle occupe ce rôle à l’échelle du pays plus encore que de la ville. Qu’on soit croyant ou non, elle est « nôtre », et dédiée à la mère. On y entre comme dans une matrice, un lieu obscur, calme et protégé. Le flot, le flux des visiteurs, entrées, sorties, soigneusement régulés, en fait un cœur battant de la ville.

A mes yeux, elle n’était pas tout à fait comme les autres monuments, elle a toujours eu un statut spécial. Et je sais que je ne suis pas la seule à le penser. Je le sais parce qu’hier soir, j’échangeais des messages avec des amis catastrophés partout dans le monde. Parce que ce matin, dans le bus, en passant sur le pont, j’en ai vu beaucoup tourner la tête pour vérifier qu’elle était toujours là. Parce que tout à l’heure, je n’étais pas la seule à avoir éprouvé le besoin de m’y rendre, comme je serais allée au chevet d’un membre de la famille, encore toute pleine de la crainte de l’avoir perdue pour de bon.

Je ne me suis jamais sentie très parisienne, jamais pleinement, ne serait-ce qu’en raison de mon aspiration ininterrompue à vivre ailleurs. Mais dans ses moments de communion dans la souffrance, au soir des attentats comme à celui de cet incendie, la ville me rappelle que oui, « au passage », elle m’a un peu faite sienne.

 

Et comme beaucoup d’autres expériences m’ont faite un peu citoyenne du monde, je pense aux Afghans de la vallée de Bamiyan, à la tristesse qu’ils exprimaient d’avoir perdu leurs grands Bouddhas tutélaires, et ce soir, sans doute, je les comprends un petit peu mieux.

 

 

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Douceurs de Noël passées au prisme de Ni…

Mon livre préféré, adolescente, c’était « Les quatre filles du Dr March ». Je l’ai lu je ne sais combien de fois. J’aimais presque également les quatre sœurs, je me retrouvais dans un peu de chacune d’elle, sauf Amy petite, qui était vraiment trop horripilante ! Je voulais être une bonne maîtresse de maison, comme Meg, douce et patiente comme Beth, j’étais sensible aux arts comme Amy… quant à Jo, je n’avais pas vraiment besoin de chercher quelque chose à imiter chez elle, j’étais moi aussi toujours fourrée dans un livre !

J’ai attendu des années pour trouver la suite, convaincue que Jo allait épouser Laurie. J’ai fini par trouver la suite, et j’ai mis du temps à en saisir la justesse.

J’ai trouvé d’autres suites. Et j’ai continué à lire Louisa May Alcott, désormais dans le texte. Et j’y ai presque toujours retrouvé les mêmes ingrédients, qui me font sentir « comme à la maison », une maison rêvée, mais avec de véritables morceaux de vie dedans ! C’est délicieusement suranné, pour le dire gentiment, mais j’adore les valeurs que j’y trouve. Et le regain d’énergie pour essayer de « faire les choses bien » et « être la meilleure personne possible ». Alors, à Noël, l’un de mes petits plaisirs, c’est de lire quelques uns de ses contes ou de ses nouvelles. Il y est question d’humilité, de travail, de petits sacrifices qui n’ont l’air de rien mais coûtent cher à ceux qui les font. Et d’amour. Pas de romance façon coup de foudre et crises de jalousie, mais de respect et de tendresse qui ne font que croître avec le temps qui passe.

Pas vraiment les valeurs d’aujourd’hui… mais elles ne l’étaient déjà pas à l’époque, semble-t-il ! Mes héroïnes sont décriées comme « naïves » par leurs petites camarades avides de soirées dansantes et autres prétendants, mais leurs mères, pères et grands-parents sont toujours là pour leur rappeler tendrement l’importance des petits gestes et des efforts quotidiens.

C’est démodé, sans doute. Dépassé. Ça ne va pas vite, ça n’est pas violent et il n’est définitivement pas possible de faire plus chaste (Ah, le gant disparu de Meg…)  ! Plus personne – à part l’INFJ de service – ne peut s’intéresser à ce genre de lecture, bien sûr. On pourra m’objecter que « Les quatre filles.. » ne cesse d’être adapté (un huitième film en préparation pour l’année à venir) et que Simone de Beauvoir – excusez du peu ! je l’ai découvert avec plaisir récemment – s’en réclamait (Je n’en ai pas parlé ici, mais les héroïnes d’Alcott sont définitivement féministes, que ce soit dans leurs éventuels mariages ou dans leurs vocations professionnelles). Je suis toujours un peu étonnée quand je réalise à quel point mes « auteurs de cœur » sont lus et appréciés. Il me semble toujours que mes goûts sont « trop bizarres » et trop confidentiels pour que ce soit possible. Et pourtant… de quoi donner un petit peu d’espoir en l’humanité ? Rassurer l’INFJ solitaire qui se croit peut-être plus incompris qu’il ne l’est réellement ? Qui n’a pas de blog et / ou de commentaires de ses lecteurs pour lui rappeler qu’il n’est pas seul 😉 ?

Quoiqu’il en soit… le succès des « Quatre filles… » tient sans doute à son ton enlevé et à ses personnages attachants, mais ce qui me fascine chez son auteur c’est le message sous-jacent, car le divertissement n’y est jamais gratuit. J’ai étudié « La désobéissance civile » au lycée, sans imaginer une seule seconde qu’il pouvait y avoir un quelconque lien entre ce livre et mon préféré, sans faire le lien avec le Thoreau de « Walden », auquel Alcott fait si souvent référence dans ses œuvres. J’ai découvert tardivement qu’elle puisait ses considérations morales dans un courant dont il était l’un des représentants, le transcendantalisme. Courant qui allait lui-même s’abreuver aux sources orientales que je consultais par ailleurs. Je lis aujourd’hui dans l’article Wikipédia sur ce sujet qu’il inspire un philosophe américain, Stanley Cavell, auquel je m’intéresse pour ses analyses de comédies de remariage hollywoodiennes…

Avant de découvrir le MBTI, je ne me serais pas vraiment expliqué cette convergence. Maintenant, je sais que c’est typique de l’intuition introvertie, Ni, qui suit soigneusement ses propres lignes directrices, tisse lentement une toile dont le motif m’échappe encore, m’échappera peut-être toujours, car il pourrait répondre à l’éternelle question : « Comment vivre ? »

Et vous, vous commencez à voir où votre Ni vous emmène ?

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My Lady

Je vais assez rarement au cinéma. J’y vais quand on cherche une sortie à faire avec des amis, à un moment où je suis inhabituellement disponible, ou si un film m’intéresse vraiment. Je projette souvent d’y aller, mais finalement, je préfère aller au parc ou me poser chez moi.
Il y a quelques exceptions. C’est souvent l’affiche qui m’interpelle. Une belle femme digne sur une affiche sobre. Tiens. Élégante. C’est Emma Thompson, je vais aller regarder la bande-annonce. J’aime beaucoup Emma Thompson. J’ai beaucoup de respect pour cette actrice, pour l’intelligence et la retenue de son jeu, pour sa classe naturelle (?), pour sa capacité à laisser transparaître une émotion d’un geste à peine ébauché, pour sa manière de montrer la souffrance de son personnage à travers un regard, un tressaillement du visage. Elle me rappelle Katharine Hepburn, une de mes actrices préférée, en cela.

La bande annonce confirme : une femme forte et belle, seule dans une position de pouvoir, un dilemme éthique, des considérations sur la place des croyances dans le monde séculier. J’y suis allée.

Si vous avez l’intention de le voir et que vous n’aimez pas les spoilers, arrêtez-vous là…
Mon intuition et ma réflexion introverties (Ni et Ti pour les intimes) tournent à plein régime pour essayer de démêler ce que j’ai vu, alors il y en aura sans aucun doute (edit : j’ai essayé de rester allusive, mais il y en a !).

……

Comme je le disais, c’est le genre de film qui appelle l’intuition introvertie (Ni). Peu de choses y sont explicitées, on voit les personnages interagir, se mettre en présence les uns des autres, souvent échouer à se « rencontrer » vraiment.
A chacun d’interpréter les non-dits selon ses propres projections.

Plus que le couple – même si Stanley Tucci m’a beaucoup touchée en mari cherchant sans succès à communiquer avec sa femme – c’est elle que l’on voit d’emblée. Sans cesse sollicitée par le monde et le portant donc sur ses épaules, murée dans son silence dès qu’il s’agit d’exprimer ses sentiments. Dès qu’elle pourrait être amenée à sortir de sa position de juge. Même en privé, elle n’échange pas, elle rend un verdict. Confrontée à une situation qu’elle ne maîtrise pas sur le plan personnel, elle renforce encore cette tendance sur le plan professionnel.
Mais il y a la musique. Toutes ses émotions passent par la musique, ce qui la rend attachante, et éclaire le rôle du piano, offert par son mari, au sein du couple. Il y a de la leçon de piano dans tout cela…

Et puis il y a le cas de cet adolescent, ce presque adulte, qui refuse la transfusion sanguine qui le sauverait pour raisons religieuses. Ceux qui comme moi ne sont pas familiers avec les pratiques du droit anglais ne peuvent que le pressentir à travers quelques échos, jusqu’à un tournant du film qui le confirme : elle sort du cadre pour lui. Décide d’aller lui parler directement.
Pourquoi ?
Parce que cette pulsion de mort plus ou moins consciente, elle se débat elle-même avec ? Parce qu’elle a besoin de retrouver du sens alors qu’une partie de sa vie s’effondre ? Il y a une rencontre, là, dans cet hôpital. Au seuil de la mort, paradoxalement, une rencontre avec la jeunesse, l’exaltation, la fougue. Une rencontre autour d’une guitare et d’un poème. Une très belle rencontre.
Et aussitôt elle fuit. Elle se referme. Redevient professionnelle en un instant.

Dans tous les sens du terme, pourtant, elle lui « donne » la vie, et non seulement matériellement, mais elle ne va pas jusqu’au bout. Elle bloque cette relation au niveau d’ébauche. Bien sûr, à certains égards, c’est la seule chose à faire, mais… dans quelle mesure n’est-ce-pas plutôt une fuite ? Dans quelle mesure ne s’emmure-t-elle pas elle-même loin de la vie que ce jeune homme mourant incarne finalement plus qu’elle ?

C’est quand il est trop tard que l’armure se fend – presque toujours en solitaire – et l’on ne saurait qu’admirer le personnage du mari jusque dans la dernière scène. Lui, au moins, sait faire preuve d’amour jusqu’au bout.
Et le jeune exalté, le jeune malade, dans tout ça ? Devenu adulte, face à des questions auxquelles personne ne répond (ne peut répondre ?), bien qu’il ait dit avoir changé, réfléchi, compris la valeur de la vie et de l’art… bien que l’obstacle religieux ne soit plus là, il renonce « My Lady. My choice ». Mais pourquoi ? Fascination morbide ? Intransigeance de la jeunesse – encore ? Refus de vivre avec la perspective de cette ébauche sans achèvement ?  Refus de vivre sans vie, sans accomplissement, sans atteindre à un degré supérieur d’art et de poésie auquel elle seule – pense-t-il – peut l’amener ?

Je me demande si on ne peut pas faire une lecture presque psychanalytique de ce film, avec dans ces deux personnages deux pulsions de l’âme qui s’opposent sans parvenir à se résoudre dans une forme d’écoute respective. Je ne sais plus si c’est Jung ou Freud qui disait à une patiente que l’un de ses rêves l’incitait à une pratique artistique (la peinture, je crois), sans laquelle ses tensions psychologiques n’auraient pas d’autre exutoire que la névrose…

Et pour My Lady, finalement, quelle vie ? En offrant une chance à Adam (nom symbolique ?), elle s’offrait sans le savoir une chance à elle-même, la possibilité de moment vrais dans le tourbillon que constitue sa vie. La possibilité de retrouver du sens, peut-être. Faudra-t-il qu’elle en fasse le deuil, alors ? ou, moderne Créon, continuera-t-elle à vivre malgré tout, elle, comme elle peut ?

« Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s’en mettre jusqu’aux coudes »
« Je te comprends, j’aurais fait comme toi à vingt ans. C’est pour ça que je buvais tes paroles« 

Créon, dans Antigone (Jean Anouilh)

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19578796&cfilm=249821.html

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Reality check

Chères lectrices, chers lecteurs,

Durant l’année qui s’est écoulée, je n’ai pas beaucoup posté sur ce blog. Je ne sais plus très bien si j’ai explicité pourquoi ou si ça s’est perdu dans mon « manque de temps » habituel, mais je voudrais revenir un petit peu sur ce qui s’est passé.

Cette année, j’étais encore moins disponible que les années précédentes, non plus à cause du mix traditionnel d’activités diverses et de fort besoin de solitude qui me caractérise, mais parce que je préparais des concours. J’y ai consacré beaucoup de temps (un peu plus de 500 heures, j’ai compté dans mon petit bujo), en plus d’un travail à temps plein. J’y ai sacrifié mes congés, mes cours de danse (j’ai quand même gardé le yoga parce qu’il y a un moment où c’est une question de survie…), l’éventualité de rencontrer quelqu’un…
J’ai été admissible…
Et c’est tout.

Dix mois d’efforts, de lutte contre moi-même, de frustration, et je n’ai pas été admise.

Ça veut dire qu’il va de nouveau falloir que je cherche du boulot. Ça veut dire que je reste contractuelle précaire. Ça veut dire que je ne peux toujours pas consacrer mon temps « libre » aux sujets qui m’intéressent. Ça repousse d’autant le fait de m’établir de façon stable dans une ville qui me plaise. Ça complexifie le fait de m’établir avec quelqu’un. D’avoir un enfant, un jour, peut-être.
Et en plus, il va encore falloir que je me farcisse ses fichues révisions !

Bref, je serai vulgaire, pour une fois : ça fout sacrément la merde dans mes beaux plans soigneusement élaborés !

Si je vous raconte ça, ce n’est pas pour me faire plaindre (j’ai pleuré un grand coup, été déprimée pendant deux jours, dégoûtée pendant un peu plus longtemps et ensuite j’ai profité de mes super et très méritées vacances en m’offrant le voyage en Inde dont je rêvais depuis des années), c’est parce qu’il y a dans les milieux du développement personnel une dangereuse tendance à la « success story », à laquelle j’ai moi-même souvent envie de croire. L’idée est basique : du moment que vous y mettez suffisamment de temps, d’énergie, que vous (vous) « investissez » assez, vous pourrez atteindre votre objectif.
Corollaire : si vous échouez, c’est que vous ne vous êtes pas assez investi ! gros  paresseux ! c’est de votre faute ! fallait bosser plus ! être plus ceci ! moins cela !

Et c’est là qu’intervient le reality check : parfois, ça ne marche pas. Et c’est comme ça, c’est tout. Il n’y a pas forcément quelqu’un à blâmer, c’est juste comme ça. Il y a des facteurs qu’on ne peut pas contrôler. Je suis idéaliste au cœur, mais la tête me force à admettre que parfois, la vie est injuste (je ne dis pas nécessairement que c’est le cas pour moi ici, je parle en général). C’est moche, mais c’est comme ça.

On peut en faire une leçon, dans certain cas, et c’est sans doute la meilleure manière d’appréhender l’échec qui soit… mais peut-être même pas toujours. L’idée que « ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort » est belle, mais très utopique, à mon avis. A moins que ça ne dépende de l’interprétation que l’on fait du terme « fort », mais je ne suis pas spécialiste de Nietsche 😉

Alors voilà, à tous les INFJ et les perfectionnistes qui lisent ce blog, j’avais juste envie de dire « parfois, malgré tout mes efforts, je foire ». J’essaie de prendre les choses de façon aussi positive que possible, mais si on regarde crûment la réalité en face, c’est ce qui c’est passé. Ca vous arrive(ra) sans doute aussi. C’est normal. C’est juste le fait d’être humain. Ce n’est pas parce qu’on se fixe des objectifs qu’on les atteindra tous. On ne deviendra jamais parfaits, quoiqu’en disent les sites de développement personnel et les guru en tout genre. Au mieux, je pense, on arrive à identifier ses faiblesses et à les compenser plus ou moins.

Je pense que j’ai la chance d’avoir ce que la psychologue américaine Carole Dweck appelle un « état d’esprit de développement » (c’est un INFJ qui m’a fait découvrir ses travaux, et je l’en remercie encore). Je ne crois pas en avoir déjà parlé ici – et si c’est le cas, je répète, pas grave – mais c’est fascinant. Elle différencie deux approches de l’apprentissage, l’une figée (on réussit ou on échoue), l’autre évolutive (on n’a pas – encore – réussi). Pour en savoir plus sur ses travaux, vous pouvez voir sa page sur wikipédia ou la petite vidéo ci-dessous. Comme je suis plutôt « évolutive », je suis en train de redéfinir mes objectifs pour l’année à venir. Ils ne sont pas encore tous fixés, ou en tout cas je n’ai pas encore clairement défini combien de temps je consacrerai à chaque élément, mais je sais deux choses : 1/ je repasserai probablement des concours 2/ je ferai en sorte d’avoir une année plus « cool », parce que les sacrifices, ça commence à bien faire 😉

Voilà, alors que la rentrée approche, j’avais envie de vous dire, ainsi qu’à moi-même : fixez-vous des objectifs, mais ne soyez pas trop durs avec vous-mêmes. Je ne sais sincèrement pas si se préparer à la possibilité de l’échec conduit à celui-ci, comme on me l’a dit avant mes oraux. Selon cette interprétation, j’ai peut-être trop cherché à me protéger. Tant pis. On ne le saura jamais, et il n’y a rien de plus important à mes yeux que de prendre soin de moi-même. Protéger la petite flamme d’enthousiasme qui me fait apprécier la vie. Il n’y a pas si longtemps qu’elle était menacée….
A chacun d’entre vous de doser efforts, sacrifices et plaisirs, en fonction de vos convictions personnelles, mais n’oubliez pas que vous n’avez pas forcément toutes les cartes en main non plus…

Bonne rentrée à tous !
(ps : je m’occupe bientôt des réponses à vos commentaires, promis !)

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Interview de Carl Gustav Jung sur les fonctions et surtout l’intuition introvertie

J’ai fait une traduction assez littérale de la vidéo, en vitesse, sur les points les plus intéressants à mon goût…  entre crochets, il y a les parties dont je n’étais pas sûre ou que je n’ai pas comprises (achhh, tscherman axxent !! ) :

« Il y a des gens très équilibrés… les classifications ne sont qu’un point de repère. Ma construction typologique est seulement une sorte d’orientation. Il y a un facteur introversion et un facteur extraversion. La classification des individus ne veut rien dire, rien du tout. Ce n’est qu’un instrument pour les psychologues pragmatiques.

Très souvent, un introverti épouse un extraverti, pour compenser, ou bien un certain type épouse son contre-type pour la complémentarité ».

Sur les fonctions : « Sensation vous dit qu’il y a quelque chose, Thinking vous dit ce que c’est, Feeling vous dit si c’est agréable ou pas, et Intuition, là, il y a une difficulté. En général, vous ne savez pas comment l’intuition fonctionne. Quand quelqu’un a un pressentiment, vous ne pouvez pas dire d’où il vient […] c’est une perception par des liens intermédiaires et vous n’avez que le résultat de cette chaîne d’association. Parfois vous réussissez à trouver [les liens intermédiaires] mais le plus souvent, non. Donc ma définition est que l’intuition est une perception par voie ou moyen de l’inconscient. C’est ce que je peux trouver de plus proche de ce que c’est.

C’est une fonction très importante parce que, quand vous vivez dans des conditions primitives, beaucoup de choses imprévisibles peuvent se passer, et là, vous avez besoin de votre intuition, parce que vous ne pouvez pas savoir ce qui va se passer grâce à votre perception.

Question : quelle différence entre un intuitif extraverti et introverti ?

Eh bien, vous avez choisi un cas assez difficile, parce que l’un des cas les plus difficile est l’intuitif introverti. […] L’introverti est plus difficile parce que son intuition porte sur les facteurs introvertis, son monde intérieur et bien sûr, c’est très difficile à comprendre. Parce que ce qu’il voit est très inhabituel, et il n’aime pas en parler. Si il n’est pas idiot, parce qu’il gâcherait son propre futur [jeu] en disant ce qu’il voit, parce que les gens ne le comprendraient pas ».

Il prend l’exemple d’une patiente qui lui a dit avoir un serpent dans l’abdomen, en précisant que ce n’était pas à prendre au sens littéral. « […] elle ne peut pas parler de son expérience, bien sûr, parce que tout le monde la prendrait pour une folle. Moi-même, j’étais assez choqué, j’ai pensé à de la schizophrénie.

Si un intuitif introverti disait ce qu’il pense vraiment, pratiquement personne ne comprendrait, ils seraient incompris et donc ils apprennent à garder ces choses pour eux et vous ne les entendrez pratiquement jamais parler de ces choses. C’est le plus grand avantage, mais c’est le plus [petit?] des avantages sous d’autres aspects. Les [docteurs?] parlent des expériences qu’ils ont sur ce plan, mais aussi sur celui des relations humaines. Par exemple, ils sont mis en présence de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, et ils ont des images intérieures, et ces images intérieures leur donnent une image plus ou moins complète de l’approche de leur partenaire, mais il peut aussi arriver qu’ils se trouvent en présence de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas du tout, et ils connaissent une partie importante de [?] de cette personne et ils ne le savent pas [?]. L’intuitif introverti a en un sens une vie très difficile, quoique l’une des plus intéressantes, mais il est souvent difficile d’obtenir leur confiance. 

C’est une sorte de squelette auquel vous devez ajouter la chair ou qui serait défini par des points de triangulation… ce qui ne veut pas dire que le contenu, ce sont les points de triangulation, c’est seulement pour avoir une idée des distances. Donc c’est un moyen pour une fin, pour des cas pratiques ».

 

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