L’ « autre face » de l’INFJ

(Auteur : Elaine Shallock, INFJ, trad. de l’anglais par Tia, avec accord du Dr A.J. Drenth, responsable du site hébergeur.

Source : http://personalityjunkie.com/07/infj-other-side/)

Une règle connue du monde dichotomique de la typologie est le fait que le développement de forces entraîne de façon prévisible celui des faiblesses correspondantes ou d’angles morts. Les INFJ, bien que dotés de la capacité de détecter les motifs égoïstes cachés chez les autres, ne sont pas toujours capables de le faire pour eux-mêmes. Leur connaissance intime du processus psychologique peut les placer tôt devant les autres en termes de potentiel d’individuation, mais rien ne garantit qu’ils vont nécessairement employer ce potentiel pour leur propre croissance et leur maturité. Comme tous les types, ils peuvent être sujets à des expériences de crispation, etc. Ici, nous souhaitons éclairer les zones particulièrement « sensibles » qui peuvent tourmenter les INFJ dont la réputation constante de « détachés du monde » peut cacher une représentation plus adéquate de leur défauts les plus humains (Notez que le fait que ce texte ait été écrit par un INFJ devrait écarter les inquiétudes relatives à un éventuel parti pris d’outsider).

Comme pour tous les types, ce qui provoque les aspects « négatifs » ou les « défauts » d’un INFJ est moins une faille inhérente au type que le produit d’un niveau de croissance ou d’individuation (ou son manque) chez cet individu. La plupart des autres critiques de l’INFJ, particulièrement si celui-ci agit de façon authentique et non sous l’influence de l’égo, relèvent d’une répugnance subjective de l’observateur, qui résulte probablement de son propre manque de préférence pour l’une des fonctions dominantes de l’INFJ. En d’autres mots, il ne serait pas juste, ni même correct, de prétendre qu’un aspect négatif de l’INFJ est l’emploi exagéré d’intuition introvertie (Ni), puisque c’est leur fonction dominante ! Quel autre choix l’INFJ aurait-il ? Il serait plus approprié de critiquer un abus particulier (soit une erreur d’utilisateur) de Ni, que de qualifier Ni elle-même de « négative ». Ceci dit, pour les INFJ qui débutent le processus d’individuation, qui n’ont pas encore compris comment équilibrer les fonctions inférieures et dominantes, ou qui n’exercent pas leur fonction dominante avec humilité, des traits négatifs émergent clairement.

Comme précédemment noté, l’INFJ est précédé par sa réputation de prophète, plein de perspicacité, de « sagesse spirituelle », etc. La nature mystique de ce type insaisissable est un credo qui a envahi les forums de discussions du MBTI sur internet et les livres d’officiels experts en typologie – un credo que, selon moi, les INFJ sont heureux de propager. Après tout, il y a quelque chose de romantique dans cette perception de l’INFJ comme rare et inhabituel (cette même rareté qui fait que presque tout le monde veut s’identifier à un INFJ !). Il serait erroné, cependant, de suggérer que « rare » implique nécessairement « spécial » ou « favorisé ». Les INFJ qui utilisent (abusivement) l’idée de leur pourcentage minimal dans la population pour appuyer l’idée que la rareté est la caractéristique essentielle et déterminante de l’INFJ ainsi qu’un bon moyen de les différencier du reste du « commun » typologique sont à côté de la plaque. Au pire, l’association de cette croyance avec la tendance, chez un INFJ immature ou encore peu développé, à avoir un comportement de « Je-sais-tout » est un excellent moyen de vexer un grand nombre de gens.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que le reproche le plus fréquent fait aux INFJ (et aux INTJ du même coup) est la façon dont leur croyance indéfectible en leurs propres visions et intuitions leur empêche d’entendre les opinions et arguments alternatifs. Les réfutations de Ne semblent rebondir sur les INJ convaincus comme de petites balles en plastique sur un solide mur d’acier. Plusieurs types, notamment ceux qui utilisent Ne, perçoivent ce trait comme de l’étroitesse d’esprit et une vision bornée. Mais la Perception Extravertie n’est pas le point fort de l’INFJ ; en fait, c’est la plus faible de leur quatre fonctions primaires (Se). Et si les fermes convictions de l’INFJ, établies par Ni/Fe, peuvent être modifiées ou annulées, c’est typiquement par un épisode sensoriel impliquant leur inférieure Se. Autant dire que les débats théoriques et les contre-arguments (de type Ne) n’auront vraisemblablement que très peu, voire aucun, pouvoir pour faire changer d’avis un INFJ. Pour un INFJ, il faut juger sur pièce (NDT : littéralement, l’expression est « la preuve est dans le pudding », sous-entendant qu’il faut goûter celui-ci pour savoir) – et ils ne changeront une conviction intuitive que si l’expérience l’exige.

L’un des problèmes particuliers des INFJ réside dans leur tentative de contrôler le monde Se de façon à ce qu’il corresponde à leur vision Ni. Cette méthode est directement opposée au flux naturel de leur lot de fonctions (c-à-d permettre au monde Se de nourrir leurs visions Ni). Les INFJ qui opèrent dans ce mode peuvent être particulièrement têtus et perfectionnistes quant à la manière dont leur plan se matérialise. Quand les choses ne se dévoilent pas exactement selon leur « vision » Ni (et elles ne le font jamais !), les INFJ peuvent se trouver désarçonnés. Ceci est particulièrement vrai dans des situations dans lesquelles d’autres dépendent d’eux ou dans lesquelles leurs proches sont impliqués.

Par exemple, un INFJ responsable d’une grande fête de 30è anniversaire de mariage pour ses parents fera tout ce qui est en son pouvoir en terme de planification pour être sûre que la soirée est bien préparée (Se) et que les autres sont à l’aise et contents (Fe). Le pouvoir de visualisation de l’INFJ, grâce à Ni, est incroyable ; il voit mentalement la disposition des tables, la musique, l’atmosphère, les invitations, etc. Mais lorsque le jour J arrive et que la nourriture arrive en retard, que le temps est si chaud que cela en est pénible et que les gens sont de mauvaise humeur, l’INFJ (qui n’a évidemment pas prévu de plan de secours – ça aurait été bien trop « pratique » pour lui) devient frustré, émotif et stressé. Il y a une tendance à se sentir personnellement responsable des échecs Se (mauvais temps, traiteur en retard). L’INFJ considère que si seulement il avait mieux planifié, cela aurait pu être évité d’une manière ou d’une autre. L’ensemble du « désastre » est perçu comme une attaque personnelle dirigée contre la fonction inférieure de l’INFJ, ses angles morts ST et en définitive sa propre personnalité.

Pour les âmes infortunées qui essaient de consoler un INFJ en train de gérer ce type de déception, le sentiment de frustration peut être similaire. Lorsque la vision de l’INFJ ne peut être réalisée et qu’il passe sous l’emprise de sa fonction inférieure, il n’est plus question d’agir de façon logique. Au lieu d’être ouvert à une modification du plan, l’INFJ s’accroche d’autant plus à sa vision originale, ayant la sensation que c’est le seul moyen de corriger le problème. L’INFJ est alors pris dans un paradoxe. Sacrifier la vision Ni signifierait renoncer à la fonction dominante, qui constitue l’essence de sa perception de lui-même. Naturellement, c’est une perspective qui lui fait horreur. Mais au fond, ce que l’INFJ doit réaliser est qu’il s’agissait d’une illusion. Ce qui est proclamé « engagement vis-à-vis de la vision Ni » est en réalité un engagement voilé au résultat Se. Bien sûr, la ligne de démarcation entre Ni et Se est très fine (où finit l’objet et où commence le concept qu’il incarne ?), ce qui explique la facilité avec laquelle eux (et d’autres types) basculent accidentellement dans de telles illusions.

En tant que types à dominantes Ni/Fe, les INFJ peuvent être assez réfractaires aux « faits » – particulièrement aux faits de nature Si/Te. De manière intéressante, ils semblent échapper à l’INFJ plus qu’à l’INFP en raison de la combinaison tertiaire/inférieure « Si/Te » plus « pratique » de l’INFP. Typiquement, les INFJ prêtent peu d’attention aux règles et lois précédemment établies, dont plusieurs peuvent sembler arbitraires et « non-intuitives » à l’INFJ (Par ex. : « Comment pouvais-je savoir qu’on ne pouvait se garer qu’une heure dans cette rue ? »). Il est peu probable qu’il ait connaissance des « coutumes » établies de type Te – et encore moins qu’il s’en souvienne ! Cette inconscience provoque chez l’INFJ le sentiment d’être en permanence victime d’oublis procéduriers et bureaucratiques de type Si/Te (même si c’est leur oubli, évidemment!) : des pénalités pour avoir raté une deadline, des formulaires retournés pour un champ non rempli, etc…

Les INFJ prennent des décisions à partir de leur analyse intuitive (Ni), qui se nourrit elle-même d’informations courantes, absorbées par la perception de l’environnement via Se (et en particulier, d’informations socio-psychologiques grâce à Fe). Bien qu’ils puissent être aptes à faire ce qui est « socialement acceptable » grâce à Fe, ils ont beaucoup plus de mal à gérer ce qui est « bureaucratiquement acceptable ». Ainsi, ils ont peu de patience pour les types STJ, dont ils ont souvent l’impression que les méthodes Si/Te sont plus un obstacle qu’un atout pour progresser. Ils peuvent reprocher aux STJ d’avoir une vue à court terme, d’être arbitraires, bureaucratiques, obsédés par des détails inutiles et triviaux, super-pointilleux à propos de problèmes insignifiants, et incapables de prendre du recul. Le problème est simple : les INFJ ne peuvent estimer que des procédures de type Se/Ti sont un bon investissement de leur temps et de leur énergie, et détestent les occasions qui les forcent à « perdre leur temps » à suivre un protocole. Cela rend les INFJ particulièrement inefficaces et inaptes à certains travaux administratifs, particulièrement lorsque le suivi du protocole est de la plus haute importance. Tout INFJ auquel il serait demandé de faire ce type de travail pendant une longue période de temps deviendrait très probablement agité, inquiet et aigri. Malheureusement, les gens attendant de la fiabilité et de la consistance d’un travailleur INFJ seront en général amèrement déçus lorsqu’ils découvriront que l’on ne peut confier à l’INFJ des « tâches qui semblent faciles et simples ». Les employeurs pourraient être frustrés par un assistant administratif INFJ qui organiserait l’index d’un document de manière différente à chaque fois.

L’un des traits les moins flatteurs, qui affecte typiquement les INFJ moins individués, est leur propension à avoir des attentes extrêmes vis-à-vis des autres, et la sévérité de leur jugement envers ceux qui ne remplissent pas ces attentes. Dès son plus jeune âge, l’INFJ sent la différence entre un comportement dont les motivations sont authentiques (soit spirituellement et psychologiquement saines), et un qui ne l’est pas ou est dû à l’égo (soit destructeur sur le plan spirituel ou psychologique). Le respect n’est pas compris comme un devoir par l’INFJ, qui ne le donne pas librement étant donné qu’il tend à voir adultes et enfants à travers le même prisme, et à les juger ensuite en fonction d’une qualité universelle : l’authenticité. Si le respect a été gagné et que l’INFJ perçoit un individu comme authentique (ou au moins essayant de vivre de façon plus authentique), le fait que cet individu agisse mal ou se révèle imparfait peut être une grande déception pour l’INFJ. Ce dernier n’a vraiment pas l’impression d’avoir des attentes déraisonnables étant donné qu’il a les mêmes (voire de plus strictes) envers lui-même. Souvent, tant que la tertiaire Ti n’est pas entrée en jeu, l’INFJ n’a pas compris rationnellement les différences typologiques et n’est donc pas arrivé à faire preuve de patience et de grâce vis-à-vis du besoin d’apprendre « à la dure » (ou du moins c’est ce qui lui semble) de certains types.

Les INFJ doivent faire attention à ne pas laisser leur sagesse psychologique leur donner un air de supériorité morale, au risque d’éloigner d’eux ceux qui pourrait rechercher leur conseils et leur aide. Se tirer ainsi une balle dans le pied empêche les INFJ de faire une réelle différence dans le monde puisque leur connexion sociale avec Fe est le moyen par lequel leurs intuitions sont convertis en changements dans le monde extérieur (Se). Au risque d’empirer les choses, certains INFJ, après s’être aliénés les autres par leurs attentes irréalistes, prennent des airs de martyrs et s’apitoient sur eux même d’être expulsés de la société en raison de leurs « nobles intentions ». Ce que les INFJ ne réalisent pas forcément, c’est que leurs « attentes élevées » sont peut être plus liées à leur désir de contrôler Se qu’à quoique ce soit d’autre (comme dans l’exemple de la fête d’anniversaire qui a mal tourné). Une nouvelle fois, apprendre à relâcher la crispation de l’ego visant à contrôler le résultat Se et, à la place, se concentrer sur Ni comme moyen d’interpréter ce qui est plutôt que ce prévoir ce qui devrait être, les aidera à vivre de façon plus authentique et saine.

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4 commentaires pour L’ « autre face » de l’INFJ

  1. Mikadoww dit :

    « Une nouvelle fois, apprendre à relâcher la crispation de l’ego visant à contrôler le résultat Se et, à la place, se concentrer sur Ni comme moyen d’interpréter ce qui est plutôt que ce prévoir ce qui devrait être, les aidera à vivre de façon plus authentique et saine. »
    Fallait le dire plus tôt..

  2. chamaletcyril dit :

    A la place d’individualisation, le terme plus exact est individuation.
    Merci pour ce travail de fond sur les INFJ

    • tyayana dit :

      Oui, merci beaucoup ! j’avais découvert qu’il y avait un terme « officiel » après avoir fait la traduction mais je n’ai pas pris le temps de rechercher où j’avais utilisé « individualisation » de manière erronée. Mea culpa. J’ai corrigé ce que j’ai vu dans cet article et je vais essayer de voir si je peux faire une recherche globale… merci de me l’avoir rappelé !

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