Le téléphone, cette invention infernale…

Gamine, je détestais le téléphone. Vous voyez ces mômes qui se précipitent pour décrocher avant leurs parents ? Ma mère aurait presque voulu ça, en comparaison. Elle pouvait avoir les mains dans la farine et me demander de décrocher, je faisait semblant de ne pas avoir entendu. Je me demande s’il ne m’est pas arrivé de me ruer aux toilettes à la première sonnerie, histoire d’avoir une bonne excuse…

C’était comme mon dragon personnel, à peine plus affreux que devoir aller chercher le pain et répéter sempiternellement la même chose avec deux phrases de « conversation courante » (je ne sais pas comment traduire l’excellente expression « small talk », littéralement « petite conversation », quantitativement et qualitativement, de l’anglais). Bref.

A l’adolescence, tout de même, j’ai connu le bonheur des heures au téléphone avec ma meilleure amie que j’avais vu le jour même et que je revoyais le lendemain à 7h40, pour « faire la route ensemble » jusqu’au collège. Mais ce n’était pas tout à fait pareil, n’est-ce pas, c’était ma meilleure amie. A l’époque, on n’avait pas encore de portable, alors on appelait sur le fixe, et je débitais rituellement ma petite introduction polie apprise par cœur : « bonjour, je suis bien chez Mme Z. ? C’est X au téléphone, est-ce que je pourrais parler à Y ? ». Rigolez pas, ça me perturbait si on me coupait au milieu. Ou rigolez, en fait. Encore aujourd’hui, alors que le portable m’a au moins libérée de ça, une fois sur deux je ne peux pas m’empêcher d’annoncer qui je suis alors que ça s’affiche sur le téléphone ! Oui, c’est pathologique…

Lors de l’un de mes premiers stages, on m’a carrément demandé de faire du démarchage téléphonique !!! Pour un truc impossible à placer, en plus ! L’horreur. J’ai appris, il a bien fallu. Je vous dis pas le taux de réussite 😉  Mais de même que je préfère faire mes courses au supermarché pour éviter de devoir discuter avec les commerçants (alors que théoriquement, je préférerais les soutenir. Je ne parle même pas du marché où en plus on a le bonheur de se faire pseudo-draguer devant une foule goguenarde et qu’on est priée d’avoir l’air d’aimer ça…), j’ai hâte qu’on puisse cocher une case en ligne pour prendre rendez-vous chez le médecin. C’est vrai quoi, la moitié du temps, la secrétaire ne vous propose pas ce que vous vouliez, il faut décider en 5 seconde si la date vous convient ou gagner le droit de rappeler deux minutes plus tard – encore pire – et une fois sur trois on a droit à une question qu’on n’avait pas prévu. Je fais une liste avant de téléphoner. Dates possibles, pas possibles, trucs que je dois prendre en compte. Tétanisée, je suis. J’appréhende l’appel pendant trois jours et je vous dit pas le soulagement quand c’est enfin terminé.
Vous devez vous dire que je suis un cas pathologique.. ce n’est pas faux, mais sachez que la plupart des gens qui me connaissent ont du mal à se faire à l’idée que je me définis comme introvertie et me considèrent comme très à l’aise dans les situations de la vie courante ! Comme quoi…

Là où internet et le MBTI ont changé ma vie, c’est que j’ai découvert que je n’étais pas toute seule et que plein d’introvertis détestaient le téléphone comme moi !
Par exemple, une petite recherche rapide a donné :
http://plowingthroughlife.blogspot.fr/2013/03/introverts-and-telephone.html#.U_RbEWOz4jM
http://introvertspring.com/introverts-hate-talking-phone/
http://www.sheepdressedlikewolves.com/phone-reluctant-introvert/

Soupir de soulagement. En gros, tout ces gens reprochent les mêmes choses que moi au téléphone :
– par défaut, on est toujours au moins en train de réfléchir à quelque chose, la sonnerie du téléphone nous interrompt et exige une réponse. C’est exaspérant. Une fois sur trois, je laisse sonner (vive le mode silencieux !)
– on doit réagir juste à la voix, sans voir l’expression de la personne, etc… c’est galère, sauf si on connaît très bien ceux qui appellent (j’aime quand même le téléphone avec mes proches, mais juste pas trop, hein…)
– on n’a pas le temps de se préparer, ni de réfléchir, or il faut répondre vite et on ne peut pas faire signe quand on a un truc à dire, du coup on coupe l’autre, ou on ne peut pas en placer une, bref, c’est tout sauf harmonieux
– on a honte de détester ça, parce qu’après tout ça pourrait être urgent, et puis c’est un outil de sociabilisation et puis ce n’est pas qu’on n’aime pas les gens qui nous appellent, c’est juste que souvent, on préférerait un mail. Surtout, laissez un message, qu’on sache si ça nécessite de vous rappeler, aussi…

Bref, au nom des introvertis qui détestent le téléphone, je fais appel à votre compréhension si nous sommes un peu difficiles à joindre, parfois. Nous en sommes les premiers désolés. Mais on fait des efforts. On vous appelle quand on pense que ça ne va pas, ou pour votre anniversaire. Croyez-moi, c’est une sacré preuve d’affection, surtout certains jours.

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11 commentaires pour Le téléphone, cette invention infernale…

  1. Henri_97 dit :

    Merci,

    Je n arrivais pas a comprendre pourquoi ça me stressait autant d appeler quelqu un que j aime.

    J avais mis ça sur le compte du souhait de prise de recul, ben non en fait. Pour parler, je dois voir la personne.

    La communication est basée sur le verbal(7%) le para-verbal (38%) le non verbal(55%).

    Je pense que la fonction Fe permet d interpréter le para- verbal. J en conclu qu une communication par téléphone est frustrante, pour ceux qui utilise la fonction mbti Fe.

    C est vraiment un post qui tombe au bon moment. Quelqu un que j admire m a demande de l appeler, ça fait 3 semaines que je repousse l appel 😦

    Merci sincèrement,

    • tyayana dit :

      Contente d’avoir pu être utile… je pense en effet que Fe est au cœur du problème… mais sans doute plus pour les introvertis, dans ce contexte. Personnellement, j’ai aussi un problème récurrent de procrastination quand je ne « sens » pas une chose que je dois faire, mais je ne sais pas si c’est une question de MBTI (fonction dominante de perception qui pourrait entrer en jeu) ou juste l’un de mes défauts. Je ne peux que répéter une évidence, que j’ai encore pu vérifier tout récemment : je me sens finalement mieux une fois que j’ai pris le taureau par les cornes et fait ce que je savais devoir faire, plutôt que d’avoir cette ombre qui me plane au-dessus en permanence. Mais ça n’est vraiment pas facile ! Bon courage !

  2. Hugo Pereira dit :

    Hello,

    Sympa ce blog et ce premier article que je découvre 🙂 Alors, je suis ENFP et pourtant… JE DÉTESTE le téléphone. Tout pareil que ce que tu dis dans ton article. Donc finalement pas sûr que ça ai un rapport avec l’extraversion ou l’introversion.

    Quand j’ai eu l’age d’avoir un mobile (à peut près vers 20 / 21 ans, oui je suis vieux) je ne l’utilisais quasiment jamais pour téléphoner, mais plutôt pour écrire des sms. Aujourd’hui avec mon smartphone la partie téléphonie représente sans doute 1% de ce que je fais avec mon mobile et encore c’est juste parce que les gens m’appellent… Moi je n’appelle qu’en cas d’urgence.

    Par contre, à l’écris (où j’ai le temps de réfléchir et de me relire) ou en face de quelqu’un (où je peux adapter mon discours par rapport à son comportement « non verbal »), je suis parfaitement à l’aise (parfois trop :))

    • tyayana dit :

      Merci 🙂 Si je voulais absolument faire entrer ton commentaire dans une « grille MBTI », je pourrais te dire que les ENFP sont censés être les « plus introvertis » des extravertis, ou que peut-être c’est une histoire de NF.. mais honnêtement, je pense qu’il y a aussi beaucoup de choses qui échappent au MBTI. J’y vois un point de départ pour réfléchir sur soi, mais je suis surtout contente de voir que je ne suis pas seule à avoir tel ou tel problème, indépendamment du type de chacun !

      • Hugo Pereira dit :

        Oui, je pense que ta dernière phrase résume assez bien ce que j’en pense aussi ! C’est chouette de se dire qu’il y a d’autres personnes comme « nous ». Et qu’on puisse finalement « rentrer dans une case », même si ça peut faire peur (finalement, ça me rassure, de savoir que je ne suis pas unique !).

        Je pense et heureusement, qu’on peut être ENFP et être ou avoir des goûts différents… Bref, je vais continuer à lire et à suivre ton blog 🙂

      • tyayana dit :

        Complètement d’accord ! ENFP et INFJ, ce sont un peu les deux faces d’une même pièce, superficiellement différents, mais pas tant que ça au fond, d’où le fréquent sentiment de « connexion » entre ces deux types…

      • Hugo Pereira dit :

        C’est très vrai et j’aime beaucoup l’image de la pièce :p

        Il me faut une madame INFJ dans ma vie 🙂

  3. Lise dit :

    OH MY GOD, le téléphone… TOUT, absolument TOUT de ce que j’ai lu, autant dans la description des faits que dans l’évolution de la relation au téléphone, est vrai et à 100% fidèle à ce que je vis ou ai vécu ! Merveilleux… Merci !!! 😀

    • tyayana dit :

      🙂 Lise, je ne sais pas ce qui c’est passé, je viens seulement de découvrir ton commentaire… alors désolée pour ma fort tardive réponse et merci d’avoir partagé ton ressenti !

    • tyayana dit :

      hum… à ce niveau là, c’est carrément en avance sur mon temps, que je suis !! Par contre, avec le temps et la pratique, c’est moins devenu de la peur que juste du « pas envie ». Sauf avec quelques rares personnes de qualité… 😉

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