Elsa – Frozen : une lecture du personnage en tant qu’INFJ

Je me suis décidée à regarder Frozen… moitié sur le conseil d’un ami, moitié par curiosité à force de lire de houleux débats quant au fait qu’Elsa « soit » ou non INFJ. Avec toutes les restrictions que l’on peut faire sur l’éternel problème du typage d’un personnage, tout particulièrement dans une œuvre qui ne permet pas de connaître les pensées de celui-ci… je m’y suis retrouvée à beaucoup d’égards.
J’ai rapidement lu divers arguments à ce sujet, et le fait est qu’on peut défendre ISFJ ou ISTJ aussi, j’ai même failli être convaincue. Mais il y a cette discussion : http://www.typologycentral.com/forums/popular-culture-and-type/66912-frozens-elsa-infj.html
Beaucoup de points qui « touchent » juste, dedans, bien qu’un peu trop de la « mystique » INFJ, souvent très exagérée.
Je vais laisser ça de côté et simplement essayer de lister indépendamment ce qui « résonne » chez moi, dans le personnage d’Elsa. Attention, spoilers !

En tout premier lieu, il y a son désir d’être acceptée et de protéger sa sœur Anna même à ses propres dépends (Fe), de faire ce qui est « bien » parce que c’est ce que lui demandent ses parents (Fe-Ti). Elle ne se rebelle pas alors même que c’est à l’adolescence qu’elle est enfermée seule, elle rationalise, cherche à se contrôler, pense en priorité au bien de sa sœur et des sujets du royaume.
Les premières scènes nous la montrent se laissant convaincre par sa sœur de jouer avec elle alors qu’elle-même désire dormir, et créant pour elle des merveilles (Ni-Se en action, mais Se ne « suit » pas lorsqu’elle doit s’adapter au rythme trop rapide de la petite), clairement pour voir le petit visage s’illuminer de bonheur. Surtout, c’est un cadeau qu’elle est seule à pouvoir lui offrir, c’est la mention du bonhomme de neige qui la décide : ce qui fait d’elle quelqu’un de différent est vu de manière positive par sa sœur. D’où la question plus tard : « elle ne se rappellera même pas que j’ai des pouvoirs ? » Que craint Elsa, sinon de perdre sa place « spéciale » aux yeux de sa sœur ?
Lorsque son père annonce qu’elle apprendra à maîtriser ses capacités, elle intériorise ces paroles comme un commandement, d’autant plus qu’il ne se fâche pas contre elle. Elle est la grande sœur et doit être « raisonnable ». Il y a ici basculement : Fe naissant est étouffé par Ti. Fe naissant est incontrôlable, effrayant, le déchaînement des émotions : ce que lui montre le troll, en somme, ou ce qu’elle constate dans sa chambre, lorsqu’elle demande à ses parents de ne pas la toucher. Elle pleure en silence plutôt que demander de l’aide, refuse cette image d’elle.

Elle va ensuite rationaliser ce qu’elle veut devenir, en mode Ti, un processus que j’ai déjà vu mentionné à propos des INFJ et qui m’est un peu trop familier : le jour du couronnement elle se tient très digne, décidée à ne montrer d’elle que ce qu’elle visualise comme approprié (Ni-Se), et se montre perfectionniste jusqu’au bout des … doigts. Il est cependant clair qu’en bonne introvertie, elle préférerait être moins entourée, mais elle n’est pas non plus paralysée par la timidité. Ceci dit, elle partage un moment de complicité avec sa sœur lors de la fête et n’hésite pas à la taquiner tout en assurant sa propre tranquillité en l’envoyant danser à sa place.

Cependant, lorsque Anna questionne l’affirmation péremptoire selon laquelle il est « impossible » qu’elles vivent des soirées comme celle-là plus souvent, elle se braque d’une manière typique des INFJ sous stress : il lui est impossible de voir la situation autrement, de chercher une autre issue, une fois le problème posé, donc il ne sert à rien d’en discuter. De la même manière, malgré son affection bien démontrée auparavant pour sa sœur, lorsque celle-ci lui demande d’enfreindre ce qu’elle croit juste et de bénir son union, Elsa s’y refuse sans appel (Ni-Fe : elle visualise le risque à long terme et cherche à protéger).

La jeune reine se contrôle et cherche à quitter les lieux froidement, mais c’est avant tout une retraite stratégique face à des émotions qu’elle sent de plus en plus difficiles à contrôler. Mise au pied du mur, consciente que ses difficultés affectent injustement la vie de sa sœur, mais aussi que cette dernière refuse de suivre aveuglément ses directives (donc de lui faire confiance sans restriction), elle en tire les conséquences logiques et annonce brutalement à Anna qu’elle n’a donc qu’à partir (Ti). Elsa ne veut qu’une chose, fuir cette atmosphère très chargée : elle affronte le conflit juste le temps d’établir ses positions (Ti), mais la discussion ne l’intéresse pas, elle ne souhaite pas se justifier, seulement partir, ne plus entendre de reproches, quitte à être abrupte et créer un mur de glace entre elle et son interlocutrice (Fe. Un truc que tous les INFJ que je connais ont rêvé de faire… et ont probablement fait quelque fois métaphoriquement parlant…).
Par la suite, la présence de la foule ne fait que la perturber plus alors que les émotions la submergent, et l’empêche de prendre du recul. Elle est effrayée par ce qu’elle peut faire, dont elle ne mesure pas l’étendue, les risques. Son Ti n’est qu’une fonction tertiaire, insuffisante pour établir clairement ce qui se produit en elle, la faisant raisonner systématiquement en termes de « trop » ou « pas assez ». Son injonction aux autres de ne pas l’approcher vise uniquement à les protéger eux : elle sait (Ni) que dans cet état, elle ne peut pas se contrôler et craint de les blesser (Fe). L’accusation « c’est un monstre » la touche d’autant plus que c’est déjà ce qu’elle pense d’elle-même…

Tout en fuyant, cependant, elle découvre ce dont elle est capable à mesure qu’elle le réalise (Ni-Se), elle s’enjoint à elle-même de ne pas penser au lendemain (« débrancher » Ni, donc). C’est finalement au fond du trou, ses pires craintes réalisées, que la barrière posée par la rationalisation, Ti, saute, et qu’elle peut « libérer » avec un enthousiasme croissant sa créativité, sans craindre de blesser personne, sans plus devoir ménager les sentiments des autres (Ni Fe). A aucun moment on ne la voit craindre la solitude, il y a un prix à payer pour l’espace dont elle va désormais disposer (froid et isolement), mais elle l’accepte, tant cette libération est inespérée. Elle prend du recul (usage plus serein de Ti) et peut donc assumer « comme elle l’a rêvé » sa personnalité propre, dégagée du carcan émotionnel dans lequel elle a toujours vécu, sans regret pour la décision qu’elle a prise. « Je suis là », répète-t-elle. Non pas l’enfant soumise qui a fait ce qu’il fallait, mais la femme qui s’affirme au mépris des convenances. La fin de ce numéro, le moment où elle lance « le froid est pour moi le prix de la liberté », c’est un défi.. elle n’a pas besoin des autres, contrairement à ce qu’ils croient (… croit-elle 😉 )
Lorsque sa sœur la rejoint, c’est une irruption soudaine des problèmes qu’elle avait cru fuir et qui se révèlent pire que prévus. Elle parle de « tempête intérieure », ce qui décrit assez bien l’effet de Ti affolé insufflant à Ni une myriade d’idées plus effrayantes les unes que les autres… La confiance même que lui témoigne sa sœur est un obstacle, à ce stade : ne pas être à la hauteur de ses attentes serait encore pire… de ce fait, elle craque, prête à tout pour que « ça » s’arrête… C’est typiquement une INFJ en mode « tunnel », incapable de voir autre chose que sa projection (franchement, elle vous énerve pas la naïveté de la sœur, là ? moi si ! 😉 )

Ceci dit, une fois l’émotion « sortie » sous forme de glace (ou de paroles blessantes pour le commun des mortels)… elle se calme aussitôt mais n’hésite pas à opposer un monstre aux tentatives de réconciliation.
A la fin du film, cependant, elle prend conscience que c’est l’expression de son amour pour les autres (Fe) qui lui permet de sortir de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Redonner sa juste place à sa seconde fonction (Fe), lui assure un équilibre intérieur qui lui permet de manifester son pouvoir (Ni Se) de façon modérée et donc de retrouver une estime d’elle-même correcte.

Vous l’aurez compris, je suis plutôt curieuse de voir ce que les créateurs de « Once upon a time » auront fait d’elle…

PS : il y aurait probablement de quoi disserter aussi autour d’Olaf, l’insouciant et affectueux bonhomme de neige… une projection de l’idéal inconscient d’Elsa ?

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7 commentaires pour Elsa – Frozen : une lecture du personnage en tant qu’INFJ

  1. Pierre-Jean Delune dit :

    INFJ en mode « tunnel », ça me parle bien, ça. Le bombardement d’exigences intérieures, interpersonnelles à un moment où le réel nous fait pas le plaisir d’être un peu de bonne foi avec nous (pense : une administration kafkaïenne, les gens qui « menfin-c’estsimple je leur ai dit « aide-moi » une fois, ça devrait être fait merde ! »), du coup on se retire dans notre for knox intérieur et on attend l’occasion suivante de remonter à la surface.

    Mais cette expression tunnel est de vous, ou vous l’avez trouvée ailleurs ?

    • tyayana dit :

      Ah, le réel.. ne m’en parlez pas !
      Pour « tunnel »… honnêtement, je ne sais pas/plus. J’ai tellement lu sur le sujet que j’ai bien du mal à démêler mes propres trouvailles du reste. Une expression qui revient souvent dans les sources que je consulte est celle de la « boucle » (Ni-Ti), qui a peut-être inspiré l’idée.. mais il me semblait que « tunnel » était une expression « officielle ».. dont je ne retrouve plus la source ! à suivre, donc, j’éditerai si je retombe dessus.
      Si ces problèmes vous intéressent, je vous conseille cet article : https://lecoinlecturedesinfj.wordpress.com/2013/12/28/l-autre-aspect-de-linfj/

  2. jpdu dit :

    j’adore
    Je la voyais INTJ (et la sœur ESFP ça faisait une belle opposition)… Ni en principale c évident, et je la voyait Te en secondaire vu sa capacité à décider en fonction de critères rationnels, et à appliquer sa rationalité à l’environnement : château de glace, monstre de glace (= organiser l’extérieur rationnellement = Zeus = Te) mais vous mettez ça sur le compte de la fonction tertiaire qui rationalise (Ti) (de plus l’image du château de glace est propre au Ti j’en sais quelque chose c ma principale), et opprime la secondaire (Fe) qui finit par se libérer (delivrééééée)… Devant une telle démonstration je m’incline… J’aime bien le concept de l’oppression du Fe naissant, par la tertiaire qui rationalise, OK. En plus je ne maîtrise pas assez bien les concept de tension fonction principale-inférieur, rôle de la fonction tertiaire, et puis le fait que vous êtes vous même INFJ… ça doit raisonner comme vous dites. Moi pauvre INTP analytique et pas encore assez expert… Merci pour la synthèse en tout cas !! En plus l’opposition Ti-Fe c’est un peu l’histoire de ma vie alors ça me parle…

    j’ai une fille de 6 ans alors OUI j’ai vu la reine des neiges, et en connaissant le MBTI on ne peut qu’être concerné par ces personnages tout en opposition. Le feu contre la glace, touchée au cœur ou à la tête, le bien et le mal comme les deux faces d’une même pièce… C’est bien la première fois qu’un Disney explore la réalité humaine et non pas des archétypes caricaturaux comme d’hab. (Je précise caricaturaux vu qu’en tant qu’admirateur de Jung je respecte le concept en tant que tel, et je sais apprécier des films aux personnages archétypiques si ils sont honnêtement archétypiques, avec un côté lumineux et un côté sombre).

    je viens de découvrir votre blog et je le parcours avec un plaisir …frénétique !
    ++

    • tyayana dit :

      😀 super si ça vous plaît ! J’ai eu pas mal de bons retour sur cet article, qui a pourtant été écrit en mode totalement détente, très facilement… comme quoi 😉
      Après, comme je le dis, ce n’est qu’une interprétation. Le propre des œuvres qui marchent, c’est de permettre la projection de chacun dessus : je suis sûre qu’on pourrait trouver de très bons arguments pour d’autres typages…

      • jpdu dit :

        Oui ça me plait parce que je me dit que je ne suis pas le seul à voir des choses très bien construites dans ce Disney… Mes amis se moquent gentiment de moi quand je théorise sur la reine des neige (bien qu’ils soient habitués à ce que je théorise sans cesse sur tout un tas de sujets, sur un mode sérieux (Ti) / pas sérieux (Ne), hum… c un truc d’intp quoi)
        En tout cas je trouve que c’est une super introduction à des sujets pas faciles pour des enfants de 6/7 ans, que ça ne peut que les aider à affiner leur perception du bien et du mal, de la complexité des rapports humains, du fait de devoir « équilibrer » sa personnalité pour trouver la paix : la neige en été, c’est la pensée au pays des sentiments…

        Le film montre bien les excès de type …
        Excès de « Sensation extravertie » (profiter des bonnes choses mais ne pas voir plus loin que le bout de son nez) : je veux danser, je veux manger du chocolat, je veux me marier avec un inconnu (what ?!)
        Excès d’ « l’intuition introvertie » (échafauder intérieurement des idéaux qui risquent de mener … dans les limbes) : je m’isole pour libérer mon énergie créatrice et …. construire un monstre de glace (hum ..?!) … Bref…

        Et oui Olaf est un personnage très intéressant ! C’est une sorte de transition, projection ou je ne sais quoi… Elsa le créer inconsciemment, puisque qu’elle n’en a pas le souvenir… Il est donc bien pour moi selon votre hypothèse une projection de son inconscient… Il est très sentimental bien que constitué de glace … et d’ailleurs il rêve de dégel ! Il représente les contradictions entre les différentes attitudes… Il est un objet transitionnel qui à mon avis devrait mourir à la fin … Mais bon dur dur pour les fillettes, alors il est maintenu sous perf de flocons…

        Sinon on peut jouer aux pronostiques
        Pour moi Olaf est ENFP : bavard (E), rêveur (N), sentimental (F), excentrique (bref Ne à fond)
        Christophe est ISTJ : solitaire(I), pratico pratique (S), rationnel et pas vraiment expert en amour (T), et organisé, méthodique et droit dans ses bottes, en somme assez sérieux (J), bref, « Si » à fond… (attention Christophe, Anna risque de s’ennuyer et d’aller voir ailleurs… je dis ça je dis rien…)
        Anna est ESFP : bavarde, terre à terre et sensuelle, sentimentale, et… en retard, dissipée… (bizarre beaucoup la voient ESFJ… bof, pour moi elle est bien plus Se que Fe… après ce sont les américains qui la voient Fe, faut dire que Se c’est moins « politically correct » comme fonction… ou pas ? Qu’en pensez vous, vous autres les « INFJquiontvulareinedesneiges » ?)
        Hans pourrait être aussi ESFP… d’où la scène chantée avec Anna, où ils sont présentés comme exactement semblables… Quand il montre ensuite son « vrai visage », il montre seulement le visage que peuvent avoir les ESFP quand ils sont immatures et « basiques » : matérialiste, outrageusement pragmatiques…

  3. tyayana dit :

     » je théorise sans cesse sur tout un tas de sujets » 😀 Moi, je théorise sur mes marottes… comme le MBTI, au hasard. Avec les amis qui s’y intéressent, tout va bien, avec les autres, il faut que je me retienne un peu 😉
    Je pense aussi que c’est une bonne introduction, mais en fait, il y en a plein ! les œuvres pour enfants regorgent de vraie vie.. mais j’ai peur que peu de parents prennent vraiment le temps d’en parler avec eux, ou sachent comment le faire. Enfin, moi je n’ai pas d’enfant, alors c’est facile de juger, c’est sûr… mais quand je constate le peu d’adultes qui ont le courage de réfléchir à leur vie et leur priorités, j’imagine mal que la proportion s’inverse chez les parents…
    En bonne projection inconsciente (d’ailleurs, je le type aussi ENFP, comme par hasard, toutes les fonctions de l’INFJ en inversé…), je trouve qu’Olaf ne devrait pas mourir mais être… intégré à Elsa ? Je ne sais trop comment.. il faudrait que son esprit joyeux aille se réfugier dans le coeur d’Elsa pour lui apporter un peu de chaleur et de légèreté ? ou plutôt qu’il fonde au fur et à mesure qu’elle… oups, je suis en train de faire un plagiat du Voyage en Orient, là…
    Bref….
    D’accord avec les typages proposés, à part ça, même si honnêtement je n’y ai guère réfléchi ! Je vois mal comment Anna pourrait être « J » !!!

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