Du don de soi et de ses limites…

Que vous soyez INFJ ou simplement idéaliste, vous êtes peut-être l’une de ces personnes qui aspirent à donner aux autres. Donner du temps, donner une oreille attentive, du réconfort, donner, donner, donner… donner pour recevoir aussi. Des marques d’affection, des marques d’estime, de la reconnaissance. Le don est rarement gratuit. Cela n’enlève, de mon point de vue, rien à sa valeur. Donner pour recevoir, c’est une transaction humaine, comme n’importe lequel de nos actes. Pour celui ou celle que nous aidons, est-ce moins appréciable ? je ne crois pas.
Il n’en reste pas moins que s’interroger lucidement sur les motivations qui sous-tendent cet oubli de soi me paraît vital si l’on ne veut pas se laisser déborder. Dans un monde idéal, nous aiderions celui qui en a besoin à traverser un moment difficile, le verrions avec plaisir reprendre goût à la vie, et il serait celui qui, à son tour, nous tendrait la main, le moment venu. Malheureusement, les choses ne fonctionnent pas tout à fait ainsi, dans la « vraie vie ». Dans la « vraie vie », il y a des gens qui ne savent que prendre. Certains se repèrent de loin, d’autres avancent cachés, se targuent de vous rendre de petits services pour vous en demander de gros, se posent en sauveurs pour que votre admiration assouvisse leurs besoins narcissiques, se posent en victimes pour que vous les sauviez… et ils sont souvent… attachants. Ils sont humains. Vous voyez leurs failles, leurs bons côtés aussi. Vous avez envie de les aider. Mais parfois, vous ne pouvez pas.
C’est dur, c’est tellement dur parfois de dire à quelqu’un : « je te vois, je vois le bon et le mauvais chez toi, et je voudrais t’aider, mais je ne peux pas. Je n’en ai pas la capacité dans l’absolu. Je n’en ai pas la capacité en ce moment. Je ne peux pas faire pour toi le travail que tu dois faire sur toi-même ».
Ici entre en jeu la question des limites. Où poser vos limites ? Je ne peux pas répondre à cette question. Je commence seulement à apprendre à poser les miennes, et je tâtonne. Je peux seulement vous dire ceci : si à l’approche d’un rendez-vous avec une certaine personne, ou après ce rdv, vous êtes mal à l’aise, vous repensez à l’interaction en vous demandant pourquoi ce mal-être, vous en parlez autour de vous en vous demandant si c’est vous qui réagissez de façon exagérée… selon toute probabilité, il y a un problème. Vous pouvez en parler avec la personne qui provoque cette réaction, je trouve même que c’est une belle marque de respect, mais sachez que si vous avez attiré, comme le font souvent les personnes à l’écoute, l’une de ces personnes qui ne savent que prendre, le dialogue ne résoudra rien. Elle vous écoutera, niera, prendra l’air blessé, retournera l’accusation… tous les moyens seront bons vous garder sous son emprise.

Apprenez à poser vos limites. Il n’y a qu’une règle, je pense, une seule : la réciprocité des actes. Les paroles peuvent mentir, même de bonne foi, la capacité d’auto-aveuglement humaine n’a guère de limites. Surtout lorsque celui ou celle qui écoute ne demande qu’à y croire. Les actes, voilà les pierres tangibles sur lesquels construire vos relations solides. Plus une personne engagera son bien-être et son confort pour vous, plus vous saurez pouvoir compter sur elle. Et le contrat n’est jamais signé, enfermé dans un coffre-fort « pour toujours ». Chaque nouveau jour, chaque nouvelle épreuve sera pour vous l’occasion de renforcer et confirmer ses clauses – voire parfois, malheureusement, de les refuser.

Établir des limites saines, c’est un travail de longue haleine, progressif. Qui demande de se connaître et s’écouter. Non, cela n’est pas de l’égoïsme : pour aider autrui, vous aurez besoin de toutes vos forces. Vous aurez aussi besoin d’être capable de déterminer qui aider. Dans un monde idéal, une nouvelle fois, nous aurions des réserves de forces inépuisables, et pourrions aider tous ceux qui nous entourent. C’est l’idéal d’un saint, ou d’un bodhisattva, et s’il y a des mots pour ces êtres là, s’ils relèvent de l’idéal religieux, c’est bien parce que cela n’est pas à la portée de chacun. C’est un idéal, un but vers lequel tendre si vous le souhaitez, mais ne vous aveuglez pas sur vos forces de petit être humain normal : elles sont limitées. Choisissez vos batailles. Choisissez, comme l’a fait le Bouddha, d’aider ceux pour lesquels votre appui peut faire la différence. D’aider ceux que vous aimez, ceux qui vous ont aidé, ceux que ne pas aider vous empêcherait de vous regarder dans un miroir. D’aider, finalement, parce que la rétribution que vous attendez de cet acte, c’est votre propre satisfaction, et que toute autre gratification ne vient qu’en complément…

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2 commentaires pour Du don de soi et de ses limites…

  1. Delphine dit :

    Un post très intéressant !
    J’ai longtemps donné, donné, donné et les autres prenaient tout ce qu’il y avait à prendre, me laissant desséchée et vide de toute énergie. C’était instinctif, je donnais à tout le monde. Bref j’étais jeune et je me faisais « manger ». J’ai appris au final que tout le monde n’a pas envie d’être aidé et que je devais trouver un moyen de me préserver.
    Je me suis tournée vers un métier où il faut aider l’autre : le soin.
    Je donne toute ma journée de travail sans compter et pour me remettre de tout ça, je m’ aménage beaucoup de temps pour moi et rien que moi. En plus des périodes de réclusions quotidiennes, mes actions de développement personnel( sport, étude d’une langue) je laisse les autres s’occuper de moi. C’est fou comme passer 30min chez l’esthéticienne fait du bien !!!!

    Finalement, je donne mais je prends aussi. Je n’attends pas que l’on me donne, je m’auto donne et je paie les autres pour.

    • tyayana dit :

      Merci beaucoup pour ce témoignage positif ! En effet, je pense que chacun doit trouver la formule qui marche pour lui ou elle…
      Trouver une forme d’équilibre et s’autoriser à se faire plaisir si besoin me paraît essentiel 🙂

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