Des limites de l’Intuition…

Toute médaille à son revers, le système du MBTI aussi. Il y a de nombreuses et récurrentes critiques quant à son élaboration et aux limites de ses applications, et je les ai souvent trouvés valables (je ferai sans doute un post à ce sujet un de ces jours, ou bien je mettrai des articles en lien dans les commentaires de celui-ci). Il n’empêche que la description des INFJ m’a trop aidée pour que je puisse la rejeter en bloc sur ces critères. Je milite donc activement pour un usage raisonné et relatif du système : ce n’est pas la solution à tout nos problèmes, mais il offre, à qui ne lui demande pas plus qu’il ne peut donner, des clés de lecture intéressantes.
L’une des limites, de mon point de vue, de la description du type INFJ est l’accent porté de façon quasi-mystique sur notre fameuse intuition introvertie (Ni). J’écris ceci en sachant combien j’y suis attachée et combien je me repose sur elle… mais en ayant bien conscience aussi des tours qu’elle a pu me jouer.
Ni agglomère de petites informations disparates et n’est probablement jamais autant perceptible que quand elle s’attache à évaluer nos relations avec nos proches pour aboutir à une sorte de conclusion informelle, fuyante… quelque chose de l’ordre de « Il me semble qu’il y a un problème / Cette personne ne semble pas se comporter comme d’habitude /On dirait que quelque chose ne va pas… » Information certes utile, mais tellement partiale, tellement inquiétante dans sa partialité, qu’elle enclenche presque systématiquement une tentative de raisonnement.
Et c’est là que les choses se gâtent.

Dans mon expérience, l’intuition s’est presque systématiquement révélée correcte (je l’ai souvent su par des discussions ultérieures, parfois des années plus tard). Par contre, l’évaluation de ce qui a conduit au comportement que j’ai constaté, là, c’est une autre histoire.
Il ne s’agit plus de la simple perception d’un changement de comportement via du langage verbal et non verbal (= l’intuition), il s’agit de la reconstitution du système de valeur de l’autre et des causes proches ou lointaines de sa réaction. Vous pensez vraiment pouvoir faire ça ? Bien sûr, plus on connaît la personne, plus c’est envisageable, mais cela reste et restera toujours, dans le meilleur des cas, limité. N’avez-vous jamais découvert une facette inattendue chez votre ami(e) de quinze ans ? un évènement déterminant que votre compagne ou compagnon n’avait jamais mentionné avant qu’une situation difficile ne l’y oblige ?

La limite de notre intuition est là, je pense. Constater que quelque chose ne va pas : oui, chercher à l’expliquer à travers notre propre grille de lecture : admettons que cela sort de notre domaine de compétences, et demandons.

Demandez, demandez, demandez. C’est dur, c’est parfois terrifiant, parce que demander c’est risquer d’être blessé(e), demander c’est se reconnaître vulnérable devant celui ou celle qui va décider ou non de nous répondre, de nous dire ou non la vérité, et par là aussi nous exposer au risque de savoir intuitivement qu’il/elle nous ment. Mais demandez. Au fond de nous, derrière nos peurs de solitude, aucun de nous ne veut d’une relation basée sur un quiproquo ou un mensonge, n’est-ce pas ?

Certains blogs d’INFJ établissent de subtiles différences entre l’ « Intuition » et la conviction : l’une serait une sorte de constat naturel, l’autre une construction a postériori. C’est sans doute l’idée que je cherche à véhiculer ici, mais honnêtement, établir ou s’arrête l’une et ou commence l’autre, bloquer la seconde en laissant la première librement s’épanouir, lorsque nous sommes déjà déstabilisés par le constat d’un problème, me paraît utopique. Plus simplement, lorsque nous nous surprenons à nous énerver en pensant que telle personne a fait ceci par égoïsme ou cela sans prendre en considération nos besoins – les questions et réponses se faisant d’autant plus vite dans notre esprit que cette personne compte pour nous – au risque d’aboutir à un doorslam…. arrêtons-nous. Prenons le temps de nous rappeler, justement, que si la réaction est forte, c’est que la personne compte. Que la relation qui s’est établie entre nous, à elle seule, justifie un effort de notre part. Que si la personne compte, elle a le droit de savoir ce qui se passe en nous. Et un droit de réponse.

Et qu’en définitive, nous pourrions fort bien épargner ainsi de la souffrance à deux personnes…

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7 commentaires pour Des limites de l’Intuition…

  1. Lunaire dit :

    J’aime beaucoup ce texte. Il raisonne dans ce que j’ai déjà pu constater.

    Avec le temps je sais faire la différence entre l’intuition pur et la conviction. A dire vrai, je crois que la réponse vient simplement de l’usage de l’auxiliaire ou de l’inférieur. Dans ma façon de voir, Ni est alimenté par Fe ou Se. La conviction vient de Se, avec ce souci, c’est qu’avec une inférieur mal maîtrisée, la conviction peut être faussée.

    Si Fe alimente Ni, il est plus que normal que notre intuition s’appuie sur le relationnel des gens, leur valeur, leur motivation. par contre, sentir l’autre par Se et développer une intuition. C’est vraiment grisant comme perception. C’est ce qui me permet de savoir si une femme est en sainte, par exemple, avec un conviction impressionnante et un taux de réussite de 100%.

    Lunaire

    • tyayana dit :

      Merci Lunaire 🙂
      C’est intéressant, l’idée du rôle de Fe ou Se.. je suis assez d’accord, mais je pense quand même que Fe peut aussi être « casse-gueule », par exemple si les enjeux émotionnels nous concernent en propre, parce que nous perdons alors le recul qui nous évite de projeter nos propres émotions. En tout cas, ça m’est déjà arrivé…

      • Lunaire dit :

        Effectivement, Fe n’est pas que tout bon ! Mais je ne suis pas d’avis de dire que nos propres enjeux émotionnels, le manque de distance, la projection, soit l’œuvre d’un Fe déficient. Je vois Fe beaucoup plus dans une interprétation (ressentie) de notre environnement et invariablement filtrée par Ni (notre dominante). Ce que tu décris me semble plus l’œuvre de Se en inférieur, venant perturbé Ni plutôt que de le nourrir. Et justement, une perception plus terre à terre dans ces cas là nous offre une meilleur réponse Ni émotionnelles…

        Mais voilà, je me trompe peut-être du tout au tout…

  2. Sephir dit :

    Hey… « 🙂 »

    Cela faisait un moment que je n’avais pas discuté avec toi, un an, presque, maintenant.
    J’ouvre le bal de mes mots avec le sujet du topic :

    Si tu te souviens correctement, tu sais que je ne sais pas « parler le MBTI ». Donc je ne vais pas parler de Ni mais plutôt simplement d’intuition. Parce que c’est le genre de dames que je connais bien, et j’ai appris à écouter celle qui m’accompagne en chaque instant.

    L’intuition est en effet la beauté, qui prend parfois quand nous ne sommes pas faits d’ataraxie les traits d’une jolie garce, qui nous susurre et parfois hurle aux oreilles que nous avons perçu quelque chose. Nous savons. Le savoir est en nous. L’intuition est en nous. Si elle capte quelque chose, nous l’avons capté aussi. Souvent, surtout dans nos fougueuses jeunesses, nous ne comprenons pas le message. Nous entendons une langue dont on comprend l’intonation mais pas le contenu. Nous n’en cernons à peine que les prémices de la forme. Quand c’est ainsi, il arrive souvent que quelqu’un d’apte à écouter son intuition (plus que de raison diraient certains, d’autres diraient n’écouter que la raison) se mette en quête de compréhension. Pour ce faire, tu l’as décrit, cette personne utilisera bien des fois la réflexion et en déduira des faits. Vrais ou erronés, il n’empêche qu’ils ont été déduits plutôt qu’écoutés. Les faits, les mots que nous dictent notre intuition doivent être écoutés plutôt que deviner. Et c’est là que je pense essentiel l’accomplissement d’un travail d’écoute. L’écoute de son intuition, de ses mots, de ses formes, de sa verve et ses subtilités. C’est en l’écoutant, elle, convenablement, complètement, plutôt que de chercher à deviner à partir du sujet de sa discussion, qu’il nous est alors possible de comprendre et maîtriser le savoir qu’elle nous enseigne. Parce qu’elle est savoir…

    Et là, j’avais commencé à écrire un petit texte sur « L’intuition est-elle réellement savoir ? N’est-elle pas une représentation instantanée de notre réflexion, subjective, et donc, possiblement biaisée par notre propre subjectivité ? ». Mais en écrivant, poussant la réflexion de mes mots à la mesure de mes écrits, ma balance pencha plutôt en faveur d’un savoir. Pur. L’intuition me semble être des faits. de simples faits qu’elle nous retranscrit immédiatement. Et si, ce que l’on entend d’elle s’avère être au final qu’erreurs, peut-être nous sommes-nous simplement trompé dans ses mots.
    Je n’ai pas le souvenir de la moindre erreur provoquée par mon intuition alors que je l’écoutais plutôt qu’essayais de deviner ce qu’elle me disait depuis que j’ai appris à l’écouter, justement. Je manque d’expérience pour venir à bout de la solution à cette interrogation, mais mon intuition, justement, me chuchote calmement cette réflexion.

    Je suis d’accord avec toi sur le fait de demander. Mais j’irai même jusqu’à dire que dans chaque rapport avec n’importe quelle entité, qu’elle soit vivante ou non, réelle ou abstraite, existante ou non-existante, l’un des secrets du respect de l’autre mais surtout de l’équilibre de la relation se situera dans l’écoute. Il ne faut pas se contenter de demander à l’autre pourquoi il agit ainsi, il faut aussi écouter ses mots, mais pas seulement ! Tout parle. Et la vie hurle. Constamment. Il y a des mots en chaque mouvement de l’autre et il nous suffit en premier lieu de les écouter pour en percevoir un aspect presque complet de la personne (ça s’applique à absolument tout).
    Puis, une fois la personne écoutée, une fois que chacune de ses respirations nous semblera comme le découlement évident de son être, parfois, peut-être, nous serons amener à questionner. Alors, il nous suffira d’ouvrir la bouche, sans oublier de maintenir nos oreilles toujours bien ouvertes.

    Voilà. Ceci mis à part, j’en viens à pourquoi je suis venu en premier lieu : Savoir si tu avais ouvert le blog sur le bouddhisme ? Je suis vraiment curieux de savoir si tu as écrit et j’avoue être avide d’en lire les aspects.

    Porte toi bien. À un de ces jours. 🙂

    • tyayana dit :

      Tiens, tiens, welcome back ! 🙂
      Complètement d’accord avec toi, d’ailleurs, j’ai mentionné le non-verbal aussi me semble-t-il (pour une fois, j’ai la flemme de me relire..).
      Le blog sur le bouddhisme dort pour l’instant, ou presque, car il me demanderait pour être tel que je le souhaite un investissement que je ne suis pas en mesure de fournir, mais je ne désespère pas de le réveiller un de ces jours. Je t’envoie le lien par mp.
      J’espère que tes projets avancent bien !

  3. Larev dit :

    Cet article est une bénédiction tant il fait écho à ce que je suis en train de vivre ! Combien de fois mes intuitions ont macéré et bouillonné dans ce foutu chaudron Ni-Ti ? Je ne compte plus ! Je me sentais si mal de rendre les choses si compliquées, de cogiter autant, de théoriser à tout va, de m’écarter de plus en plus de la réalité jusqu’à perdre pied.

    Quand je sentais du négatif chez l’autre, je ne verbalisais rien et gardait tout pour moi. Ayant probablement peur de rendre la situation délicate, gênante pour l’autre, voire d’aboutir à un quelconque conflit. Si bien que toutes mes intuitions sont toujours restées en moi, ne trouvant comme interlocutrice que ma raison. Ce mal prenait des proportions gigantesques en moi. Parce que, coupé de la réalité et usant d’une raison peu développée, je faisais jaillir des vérités improbables mais Ô combien énervantes. Je souffrais à cause de mes propres théories qui n’avaient plus aucun ancrage dans le réel. Ma colère montait ainsi qu’un sentiment d’injustice. Je ne voyais plus rien d’autre que ma conviction. J’étais devenu rigide, imperméable, aigri, haineux. Ainsi, il ne restait plus qu’une solution : libérer le mal qui me ronge pour ne plus souffrir. C’est alors que mon intuition devient une flèche prête à se planter dans le cœur de l’autre, tuant bien plus qu’une personne puisque c’est également les fondations de la relation et une part de moi qui meurent au même instant.

    Cet article fait un écho des plus réussi avec ce que je vis en ce moment. Chez nous, l’intuition récupère des données qu’il faut veiller à ne pas laisser à la raison sans raison. Lorsque l’intuition récupère une donnée, elle refile la patate chaude au sentiment extraverti qui, lui, la refile au monde. C’est un flux. On récupère, on transforme, on renvoie. Si on garde l’intuition en nous, qu’on ne la renvoie pas avec Fe mais qu’on la traite avec Ti, on ne fait que la laisser pourrir en nous. On ne la renvoie que bien plus tard, froide et moisie, bien puante et écœurante…
    Oser rompre ce schéma de sur-introversion, cette boucle Ni-Ti et rouvrir le circuit Ni-Fe, c’est là toute la difficulté. Ne plus garder pour soi ces intuitions, les verbaliser. Ne plus s’empêcher de mettre l’autre devant ce que l’on capte de lui. Ne plus craindre (à cause de Fe probablement) de gêner l’autre où perturber l’ambiance en prenant le risque de lui dévoiler nos intuitions. Tant pis si ça fait peur, tant pis si ça dérange, tant pis si ça mets mal à l’aise. Garder ça pour soi est mauvais tant pour l’autre que pour soi. C’est comme ça que naissent certaines maladies et autres malaises.

    Au passage, c’est un super blog ! Généreux, plaisant, instructif.

    • tyayana dit :

      Merci beaucoup ! Complètement d’accord avec le dernier paragraphe… maintenant, arriver à le mettre en pratique.. c’est dur, hein ? 😉 Enfin, il paraît que prendre conscience d’un problème, c’est un premier pas très important : gardons espoir…

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