Revenir à l’essentiel

Je reçois parfois des messages de certains d’entre vous qui me demandent un avis, un conseil. Qui sont un peu perdus, qui se sentent mal et ne savent pas quoi faire… Évidemment, je n’ai pas de réponse toute faite. L’autre jour j’ai lu un article de Mark Manson, un blogueur que j’aime beaucoup, qui m’a fait réfléchir, comme souvent (c’est pour ça que je l’aime beaucoup. Il a cette qualité masculine d’être très direct, parfois ça fait un peu mal, mais c’est toujours pour la bonne cause). L’article s’intitule « Tais toi et patiente ». Et il explique que les changements, et surtout les changements de vie, eh bien, ça prend du temps, il n’y a pas de recette miracle. Et quand quelqu’un vous dit que depuis un mois, il a complètement changé de vie et tout va mieux, c’est du pipeau. L’article est , pour les curieux qui lisent l’anglais.

Ce matin, j’ai reçu un appel d’un ami qui m’a parlé d’une des choses, non, de la chose que je considère, quand je prends le temps d’y réfléchir, comme la chose la plus importante de ma vie. Celle qui lui donne du sens. Pourtant je la néglige. Il y a… la vie, toutes ces sollicitations auxquelles il faut répondre, toutes ces envies à assouvir. Pour quelques minutes, jusqu’ à la prochaine. Intarissables.

Il m’a dit des choses très justes, mon ami, des choses gentilles. Il ne m’a pas juste appelée, il m’a rappelée. Les choses importantes. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas parlé.
Pendant les 40 minutes qu’a duré son appel, j’ai pleuré silencieusement. Je ne crois même pas qu’il s’en soit rendu compte. Les larmes coulaient, coulaient… Les larmes de l’intérieur. Celles que j’appelle « les larmes paisibles », qui ne s’accompagnent pas de sanglots ou de colère. Juste un excédent de quelque chose qui doit sortir. Je n’ai pas l’impression d’avoir de contrôle dessus. Cela m’évoque les miracles d’autrefois, les statues de saint(e)s qui se mettaient à pleurer : ce ne sont pas des pleurs crispés, bloqués, qui vous rendent tout rouge et congestionné. Ce sont des pleurs qui sortent presque aussi librement qu’un sourire. C’est très inhabituel comme expérience.
Mais ce n’est pas la première fois que ça m’arrive… c’est ce qui m’a permis de me rendre compte l’année dernière que j’avais vraiment un problème, que je qualifie aujourd’hui de « burn-out ».

Je ne m’écoutais juste pas… il y avait une intuition, une voix intérieure, je ne sais pas trop comment l’appeler, qui voulait parler, mais moi, je ne voulais pas l’écouter. Je voulais continuer dans la direction que je m’étais donnée des années plus tôt, parce que c’était ça qu’il « fallait faire », parce que c’était « logique » après tous les efforts que j’avais déjà fait pour ça, parce que c’était ce que je pensais qu’ON (je le mets en majuscule parce qu' »ON », c’était tout le monde, mes proches, les obligations sociales, personnelles, professionnelles, avec tout les degrés de pression que vous pouvez vous imaginer, et même plus) attendait de moi. Et je me suis retrouvée, trois fois par semaine, à pleurer dans la rue quand je parlais de possibilités futures qui auraient dû me faire plaisir… Et là, j’ai fini par admettre qu’il y avait sans doute un réel problème…  : je ne comprenais pas d’où venaient ces larmes.  Et effectivement, il y avait un problème, que je commence à voir un peu plus clairement. Commence, hein ! je ne prétends pas avoir tout compris.

Peut-être que vous vous dites « Oh, la pauvre ! ». Mais moi, je pense que ces larmes, c’est une vraie chance. C’est mon système d’alerte à moi, et quelque part, ce n’est pas trop problématique comme système d’alerte. Un peu embarrassant parfois, encore que ça ait aussi donné lieu à de beaux moments de connexion avec d’autres personnes… mais bon… par rapport à se droguer, faire une tentative de suicide ou se taillader la peau dans tous les sens, je pense que je m’en sors plutôt bien.
Je pense aussi que ce n’est pas un hasard du tout. Je me suis interrogée sur ce que je voulais faire de ma vie depuis aussi longtemps que je peux m’en souvenir. J’ai commencé à essayer de méditer lorsque j’étais adolescente. J’ai vite « lâché », mais il m’en est resté un petit quelque chose, je l’ai compris plus tard. Une certaine capacité d’immersion devant la beauté, un goût pour les promenades méditatives. J’ai eu la chance de pouvoir voyager, et d’engranger des « moments » particuliers, un coucher de soleil sur la jungle au Mexique, un autre sur le lac Titicaca, un lever de soleil dans le désert libyen… il y a une attention particulière portée au « moment » lorsqu’on est à l’étranger et qu’on sait que c’est peut-être la seule fois de sa vie que l’on vivra cette expérience. Pourtant, intrinsèquement, leurs qualités étaient du même ordre que la première dont je me souviens, alors que je rentrais de l’école au printemps et que les arbres étaient en fleurs… un sentiment de beauté et de paix profonde.
J’ai grandi dans le nord de la France. Une région où il y a des cimetières militaires et des bunkers presque à tous les coins de rue. Et j’étais là, en train d’expérimenter ce sentiment de paix intemporelle tout en me disant qu’il y a quelques dizaines d’années de cela, sous ce ciel bleu, il y avait des morts, des blessés, le bruit des canons et plus de souffrance, de peur et d’agitation que je ne pourrai jamais, je l’espère, le concevoir. Impermanence.

Depuis cinq ans environ, je fais du yoga et je médite, par périodes plus ou moins longues, pas autant que je le voudrais, mais tout de même assez régulièrement. Alors que je me raidissais de toutes mes forces pour finir mon gros projet professionnel, pour « tenir bon », comme on dit, je cultivais aussi une forme d’assouplissement intérieur. Une voix qui n’était plus contraignante mais encourageante, positive. Évidemment, l’armure a fini par craquer. Il y a eu deux cours de yoga, a quelques mois d’intervalles l’un de l’autre, alors que je n’avais pas encore pris conscience du « burn-out », au cours desquelles je me suis retrouvée en larmes…. encore ! j’y étais allée sans me sentir particulièrement déprimée, j’étais contente pendant le cours qui me faisait du bien, et au moment de la relaxation, impossible de retenir mes pleurs… ça a dû durer une bonne demi-heure, les deux fois ! Des gros sanglots d’enfant, pour le coup ! Je pense qu’ils ont ouvert une voie, d’une certaine manière. Maintenant, les pleurs sortent. Les rires aussi… au boulot, mes collègues viennent parfois voir ce qui se passe car on m’entend rire à plusieurs bureaux d’intervalles… 😉

Tout ça pour vous dire que tout à l’heure, quand je me suis retrouvée (j’utilise toujours cette forme passive parce que c’est littéralement quelque chose qui me « déborde », qui se produit indépendamment de ma volonté consciente) en larmes, j’ai pris conscience qu’il fallait que j’arrête de faire passer au second plan ce que je considère comme le plus important. Même si ça veut dire faire des efforts, supporter des contraintes, de petits sacrifices quotidiens. Parce que quand je me laisse séduire par une série télé, l’envie de traîner sur internet ou de faire du shopping, je ne m’occupe de moi que d’une façon très, très superficielle. Cela fait du bien parfois, bien sûr, et je ne compte pas aller m’enfermer dans un monastère, mais peut-être que si je changeais un tout petit peu mes priorités, dans ce que je fais et non juste ce que je pense, peut-être que je gagnerai en cohérence, en qualité de vie. Sûrement même. Il y a quelques semaines je me sentais vraiment bien, et quand j’y réfléchis, c’était tout simplement des semaines où je me couchais tôt après avoir lu un peu… au lieu de m’abrutir sur internet.
Les remèdes sont simples, nous les connaissons tous, nous ne trouvons « juste » pas l’énergie de les appliquer… moi la première. Je vous ai parlé des miens, parce que ce sont ceux que je connais et qui fonctionnent assez bien pour moi, mais à vous de trouver les vôtres, ceux qui vous permettront de rétablir un contact avec ce dont vous avez vraiment besoin. Pas forcément envie.
Besoin.
Ecoutez-vous !

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2 commentaires pour Revenir à l’essentiel

  1. Jpdu dit :

    Hello !
    Merci pour cet état d’âme…. (Mais c’est plus qu’un état d’âme). Tu m’inspires..
    Bonne journée… !
    Jp

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