Un au-revoir…

Aujourd’hui, il faisait beau et chaud dans le parc. Une première vraie journée d’été. Les reflets du soleil sur l’eau, les bébés s’extasiant devant les canards, les parfums de l’été par bouffées, un bon livre… le calme serein qui s’installe en moi comme toujours dans ces moments là.

Enfin…
Pas tout à fait comme toujours. La surface de mon monde est la même, j’y évolue comme à mon habitude, mais quelque chose a changé. Pour toujours.
Je n’aime pas trop les absolus, en général. Toujours, jamais, c’est souvent très exagéré et je les utilise peu. Mais cette fois-ci, c’est de circonstance, plus jamais…

Je suis un peu démunie face au deuil. Ou beaucoup, je ne sais pas. Comme tout le monde, sans doute. Ça fait bien quinze ans depuis la dernière fois. Comme dans mon souvenir, j’ai du mal à accéder à cette nouvelle réalité, aux faits. J’en parle peu, un peu, comme détachée. J’ironise. Je n’accède à un monde de peine que par intervalles, que je trouve trop longs, mais je n’arrive pas à faire plus.

Les circonstances ont fait que j’ai dû refouler la tristesse pendant les trois premières semaines, et maintenant, je ne sais plus comment l’atteindre. Je me dis qu’il faut que j’attende d’être plus forte, que je ne peux pas ouvrir cette porte maintenant, que c’est trop tôt. Je ne suis pas prête, alors je repousse les mains qui se tendent. Plus tard. Je suis désolée de ne pouvoir vous aider à m’aider, mais c’est trop tôt. Plus tard. Peut-être que ma temporalité est différente de celle des autres ? A quatorze ans, il m’avait fallu cinq, six mois, pour être rattrapée par la réalité et fondre en larmes. Maintenant c’est un peu différent, j’ai quand même craqué quelques fois, mais pas tant que ça, comparativement. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais pas s’il faut chercher une raison. Je ne sais pas grand-chose, ces jours-ci. Personne ne sait, de toute façon.

Je savais qu’il arriverait, ce moment. Les avertissements n’ont pas manqué. Et il a fallu qu’il se déroule comme je l’avais toujours redouté, comme j’avais toujours jusque là évité que cela puisse se produire, sans que je sois revenue. Pourquoi ? Dans le monde des contes ou des rêves, mon absence même aurait constitué la malédiction. J’avais renoncé. Une fois, une seule, j’ai choisi de suivre mon envie égoïste, j’ai choisi de vivre au lieu d’aller arrêter la mort, et c’est cette fois-là que la mort a frappé. Quelle ironie. Ma psy dirait que c’est un fantasme de toute puissance infantile, de croire que mon absence en est la cause. Elle a peut-être raison. Chacun de ceux qui restent, sans doute, se demandent ce qu’ils n’ont pas fait. Mais je ne vois le monde que par mon prisme subjectif, et dans ce paradigme, j’ai failli. Et je vais devoir vivre avec.

J’ai éprouvé de la colère envers ceux qui m’ont poussée du côté de la vie, comme pour me séparer de lui… mais quel parent pourrait vouloir que son enfant s’obstine, s’enterre ? C’est leur rôle, j’imagine, de me pousser d’un côté pour qu’il puisse s’en aller du sien. Tout comme le mien était de lui apporter de la lumière, de l’énergie, de la tendresse, la force vitale qui le désertait lentement. Selon l’ordre des choses, grands-parents, parents, petits-enfants. Il n’aurait pas voulu que je m’enterre avec lui, lui non plus.

Alors il va falloir réécrire. Admettre que je n’embrasserai plus sa joue, que je ne verrai plus ses yeux s’éclairer à mon arrivée, ni ne l’entendrai ronchonner… mais que je ne le verrai plus non plus s’éteindre doucement sans rien attendre du lendemain. Que je peux cesser de chercher ce qui a été dans ce qui n’est plus, et accéder directement aux riches souvenirs du temps où nos échanges en étaient vraiment. Des coups de téléphone de cinq minutes maximum « pour ne pas te déranger », des discussions dans la cuisine au soleil couchant, du pas descendant l’escalier et précédant la question rituelle « qu’est-ce que tu veux manger ? », de la silhouette passant devant ma fenêtre pour aller au potager, des bons petits plats partagés, des trajets en voiture au son de ce jazz standard ou latino que nous aimions tant tous les deux et qu’il appelait « de la confiture »…

C’est vrai qu’on en a bien profité, papi, mais égoïstement, j’en aurais bien voulu un peu plus… ça fait un bon moment que tu me manques, mais maintenant que j’en ai officiellement le droit, c’est juste plus dur…

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4 commentaires pour Un au-revoir…

  1. Sylvain Leloup dit :

    Bonjour,

    En repassant sur votre blog, je me demande si les INFJ ne sont pas tout bêtement des TDAH (découvert entre temps)…cette appellation plus scientifique que celle de Miggs-Bryers donne des clés concrètes pour se comprendre, vivre quotidiennement et surtout, mener à bien ses rêves…

    • tyayana dit :

      Bonjour Sylvain,
      Pour ma part, je ne suis pas convaincue. Les TDAH « trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité », pour ceux qui ne connaissent pas, me paraissent peu compatibles avec le type de travail que j’ai mené pendant des années, qui nécessitait beaucoup de concentration. Je n’ai jamais eu l’impression d’avoir un problème d’attention ou d’hyperactivité (au contraire !) et cela ne résonne pas non plus avec les autres INFJ que je connais… mais je pense que ce sont simplement deux angles d’approches différents du psychisme. L’un n’exclut pas l’autre, mais je n’ai pas l’impression que les deux soient sur le même plan. Ceci dit, si cela vous aide, c’est le principal ! il ne faut pas non plus s’enfermer dans le MBTI et chercher à tout expliquer par ce biais, à mon avis…

  2. Sylvain Leloup dit :

    Intéressant. Merci d’avoir pris la peine de répondre à mon commentaire, votre façon de voir les choses a ouvert mon point de vue.

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