Dosage et lâcher-prise

Bonjour 🙂

Désolée pour ce long silence, les obligations professionnelles et remous personnels ne m’ont pas laissé le loisir d’écrire ce post que j’avais en tête depuis un moment. Je n’ai pas vraiment plus le temps, mais je vais le prendre quand même 😉

Aujourd’hui, je voudrais vous parler d’un trait de caractère que je retrouve chez beaucoup d’autres INFJ, celui que j’appelle « la dignité outragée ». Cela ne s’applique sans doute pas qu’à nous, mais me paraît assez typique de notre fonctionnement. L’idée est la suivante : au quotidien, nous sommes plutôt faciles à vivre et accommodants, puisque nous privilégions l’harmonie dans nos relations. Nous aimons aider les autres, donc lorsqu’ils nous racontent leurs problèmes, nous les écoutons et essayons de leur apporter des solutions (souvent bien plus pertinentes que lorsque nous nous penchons sur nos propres problèmes). Bref, nous donnons, donnons, donnons. Et nous aimons ça, c’est vrai. Mais plus ou moins consciemment, nous faisons aussi les comptes, dans notre petite balance intérieure, parce que même si nous aimons ça, cela nous fatigue aussi. Nous sommes vidés après avoir écouté quelqu’un et absorbé sa peine et sa douleur. Et puis après tout, nous sommes des « J », ce qui indique que nous privilégions un fonctionnement basé sur « Judging », « juger ».

Et nos relations fonctionnent ainsi, durant un temps plus ou moins long, tant que nous ne pensons pas à notre petite balance. Lorsqu’une relation fonctionne bien, cette petite balance ne nous vient pas à l’esprit : nous prenons la peine de l’autre, mais notre ami(e) nous offre son soutien, son affection, son sourire et son oreille bienveillante. Tout va bien.

Seulement, il arrive parfois un moment où tout ne va plus bien. Pour des raisons diverses, nous avons perdu notre équilibre, nous avons besoin d’un soutien, d’un contact, d’une parole rassurante. Ou nous en avons simplement envie parce que ça va « à peu près », mais il est quand même un peu dur de rester optimiste en ce moment. Alors nous repensons à cette personne qui nous a souvent assuré que nous pourrions compter sur elle. Nous espérons qu’elle nous recontacte par magie pour ne pas avoir réclamer, ce que nous détestons. Cela n’arrive pas. Nous avons quand même grandi un peu, alors nous faisons cet effort, d’aller demander de l’aide, au risque – démesurément plus redoutable puisque nous sommes déjà en souffrance – d’être rejetés.

Mais la personne ne comprends pas. Elle n’écoute pas. Elle a tellement l’habitude de pouvoir nous raconter ses problèmes qu’elle s’y lance, sans nous laisser le temps d’exposer les nôtres. Et nous pensons : « comment peut-elle ne pas comprendre ? comment peut-elle être aussi égoïste ? comment peut-elle croire que nous sommes miraculeusement épargné de tout problème ? »

Et la dignité outragée prend place dans tout notre mental. Nous sommes offensés, déçus, nous avions pourtant tant donné, quand trouverons-nous enfin quelqu’un digne de ce merveilleux cadeau, quelqu’un qui sache se faire aussi disponible pour nous que nous l’avons été pour lui/elle ? La colère monte et le doorslam se prépare… l’accumulation des déceptions de ce type, année après année, participe à sa puissance, à son caractère définitif, à notre dégoût croissant pour l’humanité, notre désintérêt pour son devenir alors même que nous l’aimons fondamentalement, à notre énervement face à nous-mêmes qui ne cessons de retomber dans le même écueil.

Nous en venons à détester précisément cette qualité de souci de l’autre qui est notre essence, autant dire que nous en venons à nous auto-détester, à travers cette personne qui nous confronte à notre impuissance. Nous avons tant donné et cela n’a servi à rien. Nous avons cherché à améliorer la qualité de ce que nous donnions (temps, conseil…) et cela n’a servi à rien. Nous n’avons servi à rien. Nous sommes seuls, entourés d’égoïstes.

Le pic de colère se produit, accompagné ou non d’un doorslam de la personne concernée, qui n’y comprend rien – ce qui nous énerve encore plus, c’est pourtant tellement évident 😉 – , en tout cas accompagné d’une bonne crise de larmes, d’une période de sport intensif ou de binge watching et de nourriture aussi grasse et sucrée que possible, de shopping…
Et puis nous nous calmons. Nous ne voyons pas que nous avons donné le bâton pour nous faire battre, et le cycle recommence.

J’ai fait ça pendant des années. C’est encore ma tendance par défaut, même si je travaille dessus. Seulement voilà, il y a cette citation d’Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. »

Alors, certes, le monde est mal foutu, les gens aussi, mais bon, nous les premiers puisque nous avons cette folie de croire qu’en continuant à agir de cette manière, un miracle va se produire et nous allons finalement trouver une personne « digne de nous » (et dieu sait qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette simple notion, en terme d’égo… le discours sur la rareté et le caractère unique des INFJ « special snowflake » ne nous rend certainement pas toujours service).

Il n’y a pas trente-six manières de sortir du cycle. Il n’y en a qu’une – et elle ne plaira pas à tout le monde – c’est de reconnaître que, quelque soit la puissance que nous attribuons à notre volonté, à notre mental, son impact sur le monde est limité. Nous n’avons pas le pouvoir de transformer les gens. Nous pouvons les accompagner, les aider un peu, mais l’essentiel du travail, ils doivent le faire eux-mêmes, si et quand ils le souhaitent.

L’un de nos problèmes est certainement le fait de voir leur potentiel, et d’agir en fonction. Mais quelqu’un peut avoir des qualités extraordinaires et un très grand potentiel, sans être en état de nous donner au quotidien ce dont nous avons besoin. Il est essentiel pour nous de nous souvenir de regarder la « surface » d’une personne, sa façon d’agir et non seulement les raisons pour lesquelles elle agit ainsi, son passé douloureux, etc. Parce que c’est le quotidien que nous partageons et qu’il vaudrait mieux pour nous qu’il soit agréable et respectueux. Parce qu’il/elle ne réalisera peut-être jamais son potentiel et que nous risquons alors de lui en vouloir. Parce que nous privilégions l’intuition introvertie (Ni), mais la réalité du monde advient dans la sensation extravertie (Se)…

En revanche, nous pouvons agir sur nous-mêmes. Nous pouvons reconnaître que si notre façon de faire ne fonctionne pas – comme cela nous a été prouvé de façon répété – c’est peut-être, peut-être, que ce n’est pas la bonne.

La question n’est pas de renier l’idéal : bien sûr, dans un monde idéal, notre méthode fonctionnerait. Bien sûr, ce serait plus beau et plus juste. Seulement, nous ne sommes pas dans un monde idéal. Nous sommes dans un monde fondamentalement imparfait (Se), où la notion d’idéal (Ni) n’existe que parce que son contraire existe.

Alors nous pouvons nous tendre comme des arcs vers cet idéal, au risque de nous briser, ou bien nous pouvons reconnaître la réalité et ployer comme le roseau. Ce qui nous nous empêche pas, nous, de pousser vers l’idéal, mais en nous adaptant. En n’attendant pas l’impossible et en laissant à de bonnes surprises la place de survenir.

Fondamentalement, lorsque vous vous raidissez comme la justice, libérez une colère dévastatrice et perdez une personne avec qui vous aviez un quotidien sympathique, est ce que cela vous rend heureux ? A court terme, vous avez posé un ultimatum, vous vous êtes senti dans votre droit, puissant. Mais à long terme ? à long terme, vous avez perdu quelqu’un que vous aimiez bien et ouvert une plaie qui se ré-ouvrira à chaque fois que ce produira un événement similaire. Et cela se reproduira, car la nature humaine est ainsi faite.

Si avoir raison est ce qui est de plus important à vos yeux, je ne sais pas pourquoi vous lisez cet article, vous pouvez arrêter.

Si vous souhaitez vivre en paix et être heureux, alors, je crains qu’il ne faille renoncer à ce sentiment d’avoir raison et d’incarner la justice intraitable…

Comment faire ? En établissant nos limites, d’abord. J’ai souvent mentionné l’article de Mark Manson sur les limites, je ne peux que fortement vous inciter à le lire, il est très juste. L’un des problèmes du comportement que je citais ci-dessus est qu’il rend l’autre responsable de notre bien-être. Cela ne peut pas fonctionner, même avec le meilleur ami du monde, car il a ses propres problèmes, nous ne sommes pas au centre de son univers, c’est tout. Plus tôt nous l’accepterons, plus vite nos relations s’apaiseront.

La crise, lorsqu’elle se produit, n’est que l’émergence d’un problème sous-jacent. Vous avez l’impression que tout va bien parce que les crises sont rares, vous pensez peut-être que lorsque vous expliquerez les raisons de votre colère à votre ami(e), il comprendra et changera et donc qu’il n’y aura plus de problème (et ce sera peut-être le cas, au moins sur le moment) mais tant que les comptes s’accumulent sur la petite balance, vous créez les conditions pour que la crise suivante surgisse.

Établir nos limites repose sur une règle fondamentale, une seule :
Ne donner que ce que nous sommes prêts à donner librement, sans attendre de contrepartie.

Et croyez-moi, c’est loin d’être aussi simple que cela en à l’air. D’abord cela peut nous sembler égoïste. Mais inversons la perspective : vous avez un problème, vous en parlez à un ami qui vous écoute et celui-ci vient vous voir plus tard en réclamant votre aide à un moment où vous ne pouvez absolument pas la lui donner, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à vous. Plus caricaturalement (mais c’est du vécu), un ami fait plein de choses pour vous alors que vous ne lui avez rien demandé. Est-il juste que celui-ci ou celui-là réclame – ou sous-entende –  que vous lui devez votre aide parce que lui-même vous a aidé ? Vous n’avez signé aucun contrat et l’amitié repose sur la bonne volonté de chacun. En poussant le trait, cela ressemble un peu à un pacte avec le diable « je te donne ce que tu veux, mais plus tard, je viendrai réclamer mon dû ». Est-ce vraiment sur une base de ce type que vous voulez construire vos relations ?
Accorderiez-vous vraiment de la valeur à quelqu’un qui vous aimerait non pour ce que vous êtes mais pour ce que vous avez fait pour lui ? Serait-ce vraiment de l’amour ?

Autre problème : comment savoir si je suis prêt à donner librement ? Parfois il est évident que oui, parfois il est évident que non. Mais il y a toutes ces zones de flou, lorsque nous sommes fatigués, mais que c’est quelqu’un de vraiment important pour nous qui demande, mais demain nous avons un programme très chargé et il faut décider là, maintenant, tout de suite. Nous sommes seuls à pouvoir trancher. Personnellement, je ne suis pas encore très au point, mais il me semble que j’ai progressé, et je sais pourquoi : je prends plus soin de moi au quotidien. Je préserve du temps pour moi, pour me « poser », lire, me promener. Je dis régulièrement « non » à des invitations et je me mords parfois encore les doigts de ne pas l’avoir fait 😉 . Et ce temps que je passe avec moi-même me permet de mieux me connaître, d’anticiper mes besoins et de savoir quand je suis disponible pour quelqu’un. Ou quand c’est suffisamment important pour que je m’y force, même si ce n’est pas le moment idéal. Ce n’est pas parfait, c’est un apprentissage au long  cours, mais peu à peu, mes relations s’apaisent et je me sens mieux.

Ce que je suis en train de découvrir, progressivement, c’est un problème de dosage dans mes relations. En ne posant pas de limites au début, en voulant être trop généreuse, je suis trop laxiste… mais lorsque je « redresse la barre », je suis trop dure, pour moi comme pour l’autre. Apprendre à poser des limites, c’est chercher un équilibre en disant dès le départ « je n’accepterai pas tel ou tel comportement/requête de ta part, en revanche, je serai heureuse de faire ça pour toi ». Si cela convient à l’autre, tant mieux, s’il n’est pas d’accord, tant pis. Poser des limites veut aussi dire, quelque soit l’affection qu’on a pour quelqu’un et la conscience de ses difficultés, se retirer d’une relation qui ne les respecte pas. Il me semble que c’est Ally Hamilton qui dit souvent que nous apprenons aux gens comment nous traiter à travers ce que nous acceptons ou refusons de leur part…

 

 

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4 commentaires pour Dosage et lâcher-prise

  1. Bonjour,
    Je voulais simplement laisser un petit commentaire pour dire que j’ai eu les larmes aux yeux en lisant ton article. Pourquoi? Parce que j’ai l’impression qu’enfin quelqu’un me comprend. J’ai récemment commencé à écrire un livre parce que je ne supportais plus d’avoir toutes ces idées et sentiments en moi, j’avais besoin d’une échappatoire. Et ce que j’ai écrit correspond à ce que tu as écrit.
    J’ai toujours eu l’impression d’être différente et seule. Tu n’imagines pas à quel point quand j’ai vu ton blog j’ai été soulagé et heureuse de voir que je ne suis pas si seule que ça.

    Enfin bref, je me perds un peu,
    Je voulais juste te dire merci et que je suis très très heureuse d’avoir trouvé ton blog qui me sera j’en suis sûre d’une grande aide 🙂

    • tyayana dit :

      Bonsoir,
      Merci pour ce message touchant… j’imagine sans doute mieux que tu ne le penses, puisque c’est ce genre d’expérience avec les blogs anglophones qui m’a poussé à écrire le mien 🙂 Ravie que tu aies trouvé un peu de soulagement ici, n’hésite pas à repasser et à laisser des commentaires si tu le souhaites !

  2. moonlight dit :

    Merci beaucoup pour cet article je viens de découvrir ce blog
    C’est drôle je viens de faire le même constat dans ma vie.
    Je pense qu’en tant que grands introvertis nous avons besoin de moment à soi pour soi et une coupure nous recharge pour continuer à mettre sa pierre à l’édifice à 32ans je ne cherche plus à changer le monde même si je le voudrai bien 😉 mais tout d’abord je travaille à une meilleure version de moi même.

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