La méthode Schopenhauer, d’Irvin Yalom

Avant de vous parler de ce livre, un petit aparté : les lecteurs qui suivent la page facebook du « Coin lecture » sont déjà au courant, je suis en plein changement de vie… nouvelle ville, nouveau travail à partir de début juin. Autant vous dire que j’ai eu énormément de choses à préparer, à faire, à penser.. donc peu de temps pour me poser ou écrire. J’espère me rattraper cet été, d’ailleurs j’en aurai sans doute tout simplement besoin, parce que je sens que ça bouillonne à l’intérieur de ma petite tête ! Une nouvelle fois, je ne peux donc que vous remercier de votre patience, vous qui continuez à suivre ce coin lecture malgré mes publications très épisodiques !

Et maintenant, le livre !
Comme souvent, un prêt de mon amie INTJ, à qui je dois d’avoir découvert Irvin Yalom et ses romans sur la psychothérapie. J’en ai lu deux jusqu’ici (Le premier était « Et Nietzsche a pleuré »), les deux m’ont énormément plu et fait réfléchir, et j’ai bien l’intention d’en lire d’autres…

Pour vous donner une petite idée du contenu, si vous ne connaissez pas : dans ces deux livres, on suit un personnage plutôt misanthrope, avec des idées très arrêtées dans le domaine du relationnel, qui confronte ses convictions à celle d’un ou plusieurs personnage(s) plus « intégrés » au monde. C’est très bien écrit et permet aussi de découvrir la pensée de grands philosophes de façon très agréable et facile. Par rapport à ce que j’en connais, j’ai l’impression que c’est extrêmement bien documenté. Bref, de la vulgarisation de haute volée… dans un roman. Idéal si on a à la fois envie de se détendre et de se donner matière à réflexion !

Ce qui m’a frappé dans ce livre – et qui surprendrait, je pense, un certain nombre de mes relations – , c’est le sentiment de familiarité que j’ai éprouvé avec le personnage du misanthrope, Philip. Au début du livre, j’étais plutôt portée vers Pam, l’absente, celle qui est décrite comme pilier du groupe, généreuse, chaleureuse, partie chercher des réponses en Inde. Et puis Pam revient, et dans la confrontation qui s’en suit, dans le dévoilement des questions que se pose Philip, c’est vers lui que mon attention se tourne. Il y a un passage en particulier, dans lequel il fait lire aux autres personnages un extrait philosophique auquel ils restent totalement hermétiques, y compris ceux y mettant la meilleur volonté. Mais moi, ce passage, il me parle ! Et cette sensation d’incompréhension et de rejet par les autres d’un apport qui paraît essentiel et évident au personnage, elle est tellement familière ! Il ne s’agit pas de blâmer qui que ce soit ici : je comprends bien que nous n’avons pas tous les mêmes questionnements et que les miens peuvent paraître trop sérieux et lourds au quotidien. Si je pouvais, peut-être que je m’en débarrasserais (quoique…), mais ils sont mon fardeau. Heureux ceux qui ne portent celui-ci que de manière très ponctuelle, pendant les temps de rupture ou de deuil. Je vis avec au quotidien, j’ai appris à le faire, j’ai appris à rechercher la légèreté malgré tout… mais je me sens souvent un peu seule face au constant rappel du fait que d’autres parviennent à l’ignorer, face à l’impossibilité de le partager avec ceux qui me sont les plus proches.

En aucun cas je ne qualifierais Philip d’INFJ : d’abord parce que je me sens nulle pour typer, ensuite parce qu’un INFJ a la fonction Feeling extraverti (Fe) en secondaire, qui lui fait rechercher une forme d’harmonie avec le groupe, notion à laquelle Philip est totalement étranger. Il est visiblement gouverné par la fonction de Feeling introverti (Fi) : il se conduit selon ses valeurs propres indépendamment des réactions que cela peut susciter… Par contre, à certains égards, on pourrait dire qu’il représente une variante extrême de ce à quoi pourrait ressembler un INFJ sous stress, gouverné par les fonctions Intuition introvertie (Ni) et Pensée introvertie (Ti) : la fameuse boucle Ni-Ti. Il va chercher une solution dans de grandes notions de la pensée (Ni) et crée à partir de là un système cohérent d’explication du monde (Ti). La résolution du conflit passe alors par la réouverture d’un accès à Fe, par le fait de couper un peu le cercle vicieux d’auto-conviction alimenté par Ni et Ti, en intégrant des éléments extérieurs (une personne, un livre, un film…) et en prenant soin d’ignorer la force critique de Ti (« cette information n’est pas valide », « on n’est pas dans ce monde de bisounours », « ça ne servira à rien », « ce n’est pas ça qui va résoudre ton problème »…). De ce fait, je pense qu’il peut être particulièrement intéressant pour les INFJ de lire ce livre.

Un autre aspect que j’ai trouvé très bien amené est l’évolution du personnage de Pam, dont on comprend peu à peu à quel point elle aussi s’est enfermée dans sa représentation du monde, même si cette représentation est à bien des égards opposée à celle de Philip (chacun des deux étant persuadé de détenir LA vérité, ce qui est un enseignement en soi).
Mon expérience de la thérapie est très proche de cela : c’est découvrir peu à peu à quel point je me suis enfermée dans des « croyances limitantes » (je ne sais pas d’où vient le terme, que j’ai souvent croisé dans différents textes relatifs au développement personnel – de tête, il me semble que c’était sur le blog de Spike séduction que je l’ai trouvé en premier. J’imagine que cette référence vous interpelle, donc oui, je le confirme, j’ai passé un certain temps à lire un blog de conseil aux hommes pour séduire les femmes ! Et c’était passionnant ! 😉 ). Je reviens à mes moutons : les croyances limitantes. Je m’étais construit une vision du monde, confortable parce que j’y étais la victime, et je passais tous les événements qui m’arrivaient à travers ce prisme. Et surtout je RÉAGISSAIS à partir de ce prisme. Parfois violemment (le doorslam des INFJ, ça vous parle ? ). Le travail thérapeutique, c’est un long et douloureux processus de déconstruction de tout ça. C’est difficile. C’est lent. Il faut se forcer à réagir autrement, c’est contre-intuitif et pénible. Mais puisqu’on paie pour ça, on essaie d’en avoir pour son argent. On teste. On se plante. On va un peu trop loin un jour, pas assez un autre. Et petit à petit, on observe que les réactions des gens CHANGENT ! Et oui !!! Parce qu’on amène autre chose, on reçoit autre chose. Parce qu’on cesse d’être en mode « fight or flight » (combattre ou se casser), on donne aux autres l’espace pour nous donner ce qu’ils ont en eux (scoop : ça n’a parfois rien à voir avec ce qu’on voudrait/imaginait, etc.). En ce qui me concerne, ce n’est pas fini, mais je suis déjà convaincue, je vois les progrès et je me vois mûrir et prendre peu à peu ma vie en main, au lieu de me laisser ballotter au gré des événements en me plaignant que ça ne va pas comme je veux (ce n’était peut-être pas aussi catastrophique, mais vous saisissez l’idée 😉 ).

Petites citations pour la route :

« Parmi les formules de Schopenhauer qui m’ont beaucoup aidé […] il y avait cette idée que le bonheur relatif provient de trois éléments : ce qu’on est, ce qu’on a et ce qu’on représente aux yeux des autres. Pour lui, il faut absolument se concentrer sur le premier élément et ne pas miser sur les deux derniers – la possession et notre réputation – parce que nous n’avons aucun contrôle sur eux […] En fait, la possession est à double tranchant, précise-t-il : ce que nous possédons finit souvent par nous posséder » p. 368-369.

« La cohérence est le maître mot de la psychothérapie » p. 446. (Citation que j’associe à la notion utilisée dans le bouddhisme du corps, de la parole et de la pensée : d’où une recherche de cohérence entre ce que l’on fait, ce que l’on dit et ce que l’on pense).

Et vous, vous avez déjà lu Irvin Yalom ? vous en pensez quoi ? Et si vous l’avez déjà lu, vous avez un préféré ?

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