Pause réflexion

Chers lecteurs,

D’habitude, j’essaie de vous raconter de ma vie quelque chose que vous puissiez extrapoler pour la vôtre. Cette fois-ci ce sera un peu différent, parce que la probabilité que vous viviez la même chose est assez faible, pour être franche. Mais comme c’est intéressant et que par contre, vous pourriez peut-être provoquer quelque chose d’un peu équivalent, je vais vous en parler quand même.

Il y a quelques mois, j’ai décidé de changer de vie. Enfin, ça n’est pas tout à fait vrai. Il y a quelques années, j’ai décidé de changer de vie. Seulement, je ne savais pas trop dans quelle direction je voulais aller, alors je me suis laissée du temps. J’ai mûri tout ça à travers des réflexions, des discussions, un blog (!), du yoga, une thérapie… et il y a quelques mois, j’ai compris, avec l’aide de circonstances extérieures (modèle CDD non renouvelable, entre autres 😉 ), que le moment était venu. Alors j’ai postulé, à droite, à gauche, au nord et au sud et j’ai été prise au sud. Je me suis préparée pour le grand saut et j’y suis allée. Je ne savais peut-être pas beaucoup plus ce que je voulais, mais je savais ce que je ne voulais plus.

J’y suis allée avec plein de questions : est-ce que j’allais y arriver, en termes de logistique et de capacité professionnelle ? Est-ce que ce ne serait pas trop dur d’être loin de mes proches ? Est-ce que ce serait temporaire ou que je déciderais de m’installer par là ? J’avais peur, mais c’était la « bonne » peur, celle qui va avec l’envie. Celle qu’on nous inculque d’avoir parce qu’on pourrait sortir du rang, ouh làlà, alors il faut nous canaliser à coups de « mais si tu rates ? » « mais si il t’arrive ça ? » « et comment tu vas faire pour ? ». C’est la peur d’avant les voyages, celle qu’il ne faut pas trop écouter parce qu’on ne ferait plus rien (à bien différencier de la peur qui protège « je la sens pas cette rue/cette personne/cette expérience. Celle là, on l’écoute, hein ! )

J’ai sauté. Et j’avais à peine eu le temps de commencer à regarder un tout petit peu autour de moi que j’ai réussi autre chose. Qui allait avec un autre changement de vie, un autre départ, dans quelques semaines. Celui que j’essayais d’obtenir depuis des années. Celui dont je m’étais dit, peut-être inspirée par des années de yoga : « Arrête de foncer sur ce mur à répétition, ça peut prendre des années, commence par partir, ça viendra quand ça viendra ». Et hop, à peine partie, c’est venu ! Si ça ne m’était pas arrivé à moi, j’aurais du mal à le croire tellement ça sonne cliché de « développement personnel » ! Et pourtant, ça c’est bien passé comme ça (y aurait-il du vrai dans les clichés de développement personnel ? Chers lecteurs, je vous invite à faire vos propres expériences ! 😉 ).

Et comme ça, en un coup de téléphone, suivi de beaucoup d’autres, accompagnés de textos, de rires, de larmes, d’incrédulité, mon changement de vie s’est transformé en période de transition. Ou plus exactement la période de transition que je pouvais envisager en termes de semaines a été redimensionnée au format annuel.

Je n’essaierai pas de vous faire croire que ce n’est pas perturbant. Je suis INFJ après tout ! Tout ça, ça veut dire que je ne peux pas faire mon nid pendant quelques temps. Je ne peux pas laisser pousser des racines, ou en tout cas, je surveille du coin de l’œil où elles s’installent et ce que je vais en faire. J’ai à peine pris quelques habitudes qu’il va falloir tout recommencer, tout réapprendre. Je m’étais offert quelques années de répit et bam ! La reprise est un peu plus sportive que prévue.

Mais c’est aussi une sacrée chance. J’explore. J’essaie des choses. Je ne suis pas conditionnée par les attentes de mes très proches, qui sont loin. J’essaie de redécouvrir qui je suis, ce que je veux. J’essaie d’apprendre à m’écouter.

J’avais pu faire ça il y a longtemps, mais ça faisait une bonne dizaine d’années que je n’avais plus été dans des circonstances propices.

Je pensais que j’avais envie de légèreté, de danser, de sortir, d’essayer plein de choses, de papillonner. Je le fais un peu, mais je me rends compte que j’ai surtout envie de me poser, d’intégrer, de réfléchir à mes besoins, de savourer mes moments de solitude comme je profite des échanges avec les anciens et nouveaux proches.

Je découvre que les mêmes choses se reproduisent. Certaines bonnes, d’autres moins. Que c’est donc à moi de trouver la clé pour empêcher ces dernières. D’ajuster ma façon de faire, ma façon de voir, ma façon d’être. Chercher un équilibre.

Apprendre à renoncer aussi. Apprendre des ratés. Arrêter de vouloir tout faire, tout voir, tout entendre. Tout prévoir. Réaliser ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas. Essayer de l’admettre avec honnêteté.

Et dans quelques semaines, tout remettre en jeu. Aller puiser la force et la stabilité, au cœur. Respirer. Rester centrée. Accepter d’être, avec mes envies et mes limitations, imparfaite. Un peu différente, probablement pour toujours. Essayer de l’être joliment, avec du cœur.

Et peut-être, peut-être, si je parviens à ne pas me laisser entraîner par les remous du monde, me trouver. Pas dans une retraite bouddhique au bout du monde, pas dans une cabane au fond des bois. Juste dans les circonstances de la « vraie vie », en observant ce que j’amène et ce que je laisse.

Des choses simples. Des choses beaucoup plus simples qu’on ne croit.

 

J’ai confié un jour, hoquetante et tétanisée, ma plus grande terreur à un médecin. Je ne peux pas exprimer ce que c’était pour moi que de verbaliser cela, à quel point c’était effrayant. L’impression que le monde tel que je le connaissais ne serait plus jamais le même, qu’il allait s’effondrer. J’avais 35 ans passés et je laissais se matérialiser au grand jour ce monstre d’enfant qui avait grandi en même temps que moi, tapi au cœur de pensées que je ne m’autorisais pas… Il était énorme. Il prenait toute la place. J’étais terrifiée.

Le médecin m’a regardée, avec beaucoup de douceur. Je savais déjà qu’il avait vu plus de la douleur et de l’injustice du monde que la plupart des gens ne sont amenés à voir. Plus, sans doute, que je ne pouvais imaginer, même en le sachant.

Il m’a regardée et il a dit : « Et vous savez ce qui se passera [si vous vous confrontez à votre plus grande peur] ? »
Une pause. J’attendais. Le monstre attendait, prêt à m’engloutir.

« Rien.

Il ne se passera ab-so-lu-ment rien ».

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Un commentaire pour Pause réflexion

  1. Sylvain dit :

    Je profite par la même occasion pour répondre à ton nouvel article. 😉 Tout d’abord, un grand bravo à toi, on sent que tu as pris une grande décision, le genre de décision unique et pas facile parce qu’il y a la peur mais nécessaire pour entamer un « nouveau cycle », et peut-être plus en phase avec tes aspirations. J’ai tendance à penser qu’on change vraiment sa vie qu’en prenant ce genre de grande décision, que la peur cache souvent plus des solutions que des problèmes, et que ça paiera tôt ou tard. Et ça y est, tu l’as fait, ce n’est peut-être pas encore le boulot idéal si j’ai bien compris mais tu as jeté la première pierre qui appellera peut-être d’autres et qui sait, peut-être que tu auras envie dans un an de quitter le monde du salariat et de te mettre à ton compte pour vivre de ta passion : au moins, tu sauras avec ce nouveau saut dans l’inconnu que rien n’est impossible. 😉

    Par contre, juste une seule critique : quand je suis arrivé sur ton blog, j’ai aimé la profondeur qui s’y dégageait, la magie, l’humain, il y avait une certaine richesse intérieure, belle et authentique, qu’on ne trouve pas sur d’autres blogs et qui donnait envie de te suivre.
    Après comment dire… j’ai carrément déchanté car quand je te lisais, soit c’était boulot, soit pas le temps, soit des trucs matériels, et encore boulot…. Bref, pour moi ce n’est pas une excuse. 😉 Car le temps, on le trouve toujours pour les bonnes causes peu importe qu’on soit débordé et encore plus étonnant et incohérent quand on prône les valeurs du bouddhisme, etc…
    J’espère pouvoir te relire bientôt avec magie, spiritualité, tout ça, voilà c’est dit !

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